Coup d'oeil sur l'Asie

jeudi 19 mars 2009

Inde: retour à la source


Voilà déjà plus d’un an que je parcours les routes d’Asie…
Si je suis partie, c’est bien sure pour réaliser mon projet de film et pour me réaliser en quelques sortes, moi aussi, à travers toutes les rencontres que j’ai pu faire ; mais c’est aussi pour retrouver un peu de cette liberté à laquelle j’ai gouté pour la première fois voilà près de 10 ans, lors de mon premier voyage en solo.
Ce premier voyage, vous l’aurez deviné, je l’avais fait en Inde ; et je garde depuis, une affection particulière pour ce pays…


Terre de contrastes et de paradoxes où rien ne semble avoir de sens, l’inde déconcerte le voyageur en permanence. On l’aime ou on la déteste, mais il paraît que jamais on y reste indifférent.

Inde du nord : je t’aime, moi non plus…

En voyage, comme dans une relation amoureuse, il y a des hauts, des bas… Un séjour en Inde, même quand on a l’habitude, n’est pas de tout repos, et vous allez, chers lecteurs, bientôt savoir pourquoi !!

Je suis arrivée à New Delhi, la capitale de l’Inde, le 3 décembre au matin, avec 46 heures de bus dans les pattes et une sérieuse envie de dormir !!!
J’avais rendez-vous dans un hôtel de Pahar Ganj, le quartier des bagpackers, avec mon ami Denis, sensé être arrivé la veille de Paris.
Première déception, arrivée au lieu du rendez-vous, pas de Denis !! Ni dans l’hôtel dont il m’avait envoyé l’adresse avant son départ, ni dans les hôtels d’à coté…
Je sais qu’en Inde rien n’est jamais simple et qu’un rendez vous manqué est chose courante ; du coup, n’arrivant pas à le joindre au téléphone, je lui laisse un email et je prends une chambre dans l’hôtel prévu.
En milieu d’après-midi, voilà Denis qui se pointe, tout dégouté de s’être fait arnaquer en sortant de l’aéroport par un taxi affabulateur qui l’aura tourné en bourrique avant de le lâcher, en pleine nuit, dans un hôtel hors de prix (prix sur lequel le chauffeur aura bien sure touché une grosse commission !).
Bon… à Delhi l’arnaque est connue mais quand on vient pour la première fois, forcement on ne s’y attend pas.

Quoiqu’il en soit 2 jours plus tard, on a été rejoint par notre pote Romain, tout juste débarqué d’Iran. Après une courte visite de la capitale, nous avons décidé de partir pour Varanasi, la ville sainte (que partout ailleurs on continue d’appeler Bénares) où il est bon de finir sa vie lorsque l’on est hindou.
Ensuite, alors que l’on voulait rejoindre Agra pour se faire une idée du célèbre Taj Mahal, on a été détourné (vous comprendrez pourquoi dans la section des coups durs..) de notre route pour au final échouer à Jaipur, dans le Rajasthan.
De là, j’ai abandonné mes potes pour rentrer à Delhi accueillir mon amoureux à sa sortie de l’aéroport. Romain à fait de même avec sa chérie quelques jours plus tard, et nous nous sommes tous retrouvé (avec quelques jours de retard et de nombreuses péripéties à raconter en ce qui nous concernait, Ricardo et moi) à Jaisalmer, aux portes du désert du Thar.

On a fêté la fin de l’année à dos de chameau, et puis chacun est parti de son coté : Ricardo et moi avons prit la direction d’Udaipur, avant de rentrer finir notre séjour ensemble à Delhi, avec tout de même une petite escapade à Shimla et Chandigarh.

Bénarès, ou comment apprendre à déjouer les tours des petits mendiants des bords du Gange…


Lorsque l’on se promène le long des ghâts de Varanasi, on est sans cesse abordé par des gamins qui font les rabatteurs pour les pêcheurs désireux d’emmener les touristes faire un tour sur le Gange. Entre ceux qui vendent des bougies et des fleurs à offrir aux déités des temples et ceux qui posent pour des photos à 5 roupies, il est quasi impossible de marcher tranquillement. Alors pour l’ambiance chargée de spiritualité et de mystère sur les bords du fleuve sacré, il faudra repasser…


Cependant, une fois acceptée l’idée que les ghâts ne sont pas le meilleur endroit pour méditer, on se rend compte que c’est le poste d’observation parfait pour se faire une idée des activités variées des habitants de Bénarès.



Entre les gamins qui tirent des cerfs-volants et jouent aux billes dans le sable, les vieux qui passent le temps en buvant du thé, les croyants qui font leurs ablutions seuls ou en groupe et les vendeurs ambulants, une journée ne suffit pas pour tout observer.
Cela dit, en dehors de ses ghâts, Bénarès vaut vraiment le détour… La vieille ville est faite de ruelles étroites et grouillantes de vie ; et ici, encore plus qu’ailleurs, les vaches règnent sur la ville, à tel point que nul n’ose les déranger…


Mes rencontres

Alors que Romain voyage depuis déjà quelques semaines au moyen-orient et que nous avions prévu de nous retrouver en Inde, Denis s’est décidé au tout dernier moment à prendre quelques semaines de vacances avant de commencer un nouveau boulot d’infirmier urgentiste dans un hôpital de Versailles.

On s’est tous donné rendez-vous à New Delhi et j’ai pu gouter enfin au plaisir de voyager avec des amis. Quel plaisir de retrouver des potes à l’autre bout du monde et faire un bout de chemin ensemble…

Pradhip et Anoop m’ont été présenté par Denis et Romain. Ils se sont rencontré dans le train et ont absolument tenu à nous présenter leurs familles respectives, une fois arrivés à Varanasi. Petite plongée dans la famille traditionnelle indienne… Plutôt sympathique !!!
Mes coups durs

Jusque là, tout va bien…

Allahabad, citée maudite

Je ne sais pas quelles erreurs nous avons commis pendant notre séjour dans la ville sainte, mais apparemment nous méritions d’être punis… Je vais tout vous raconter mais pour faire simple, je vais directement placer l’exposé des faits durant les jours qui ont suivi notre départ de Bénarès dans la section « coups durs ».

Mes rencontres

Aucune qui vaille la peine d’être rapportée ici…

Mes coups durs

Comme j’ai commencé à vous l’expliquer un peu plus haut, Denis, Romain et moi avons quitté Varanasi avec l’intention de prendre un train pour Agra. Seulement lorsque nous sommes arrivés à la gare, il n’y avait plus de place en seconde classe et nous avons du embarqué dans le train en « general class », la moins chère, on a vite compris pourquoi…
Les tickets étant, pour cette classe, en vente illimitée, on s’est retrouvé dès la départ dans un wagon surpeuplé, et pas un cm2 de libre ou poser ses fesses. Au fur et à mesure des kilomètres, chacun a finalement trouvé une position à peu près supportable, jusqu’à ce que l’on s’arrête dans une grande gare où des centaines de passagers ont tenté de rentrer dans le wagon déjà bondé. Panique à bord !! Les plus petits et les plus faible luttaient pour leur survie, tentant de ne pas se faire écraser par la mase humaine qui forçait l’entrée du wagon tandis qu`à l’intérieur on faisait barrage pour essayer de préserver des conditions de voyage déjà à peine acceptables.
Alors que Denis, qui était à côté de moi, faisait barrage pour qu’on ne soit pas écrasé, et me moi je m’appuyais de mon bras gauche contre la paroi pour ne pas tomber sur les deux types recroquevillés à mes pieds, un jeune imbécile s’amusait, de l’extérieur, à passer le bras par la fenêtre du train pour me peloter les seins. Une fois… puis une seconde… J’ai pété les plombs !!! Quelle horrible sensation que de se faire tripoter sans pouvoir bouger d’un pouce, ni pour réprimander l’agresseur, ni même pour éviter ses attaques…
Pour nous, c’en était trop. J’ai commencé à pleurer et à la station suivante, on s’est frayé un chemin parmi les corps compressés et on est descendu du train.

On s’est retrouvé au milieu de nulle part et, le train suivant pour Agra ayant été annulé, nous avons fini (après de longues heures d’attente au bord de la route à regarder passer des bus tellement bondé qu’ils ne prenaient même pas la peine de s’arrêter) par embarquer dans un bus pour la ville la plus proche : Allahabad.

Comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule. Lorsque nous sommes arrivés à Allahabad, nous avons passé des heures à chercher une chambre d’hôtel, poursuivis par des rickshaw-wallahs bien décidés à toucher une commission sur le prix de notre chambre. Rien à faire, tout était complet, et nous avons du nous rabattre sur la seule chambre de libre de toute la ville, pas terrible et vraiment hors de prix.
Je me souviens d’ailleurs que nous étions tellement fatigués et dégoutés des péripéties de la journée que nous avons diné ce soir là dans une gargote en face de l’hôtel, probablement la plus sale que j’ai jamais vu au cours de mon voyage : une forte odeur de moisie se dégageait des murs tandis que rats et cafards s’en donnaient à cœur joie sous notre table et tout autour de nous. Un vrai cauchemar !!!

Le soir même nous avons décidé de quitter Allahabad le lendemain à la première heure.
Chose dite, chose faite : à peine réveillés on a quitté notre hôtel pourri pour la gare. Une fois de plus, pas de places en seconde classe dans le train pour Agra…
Pour conjurer le sort, on a donc décidé de se rendre à Jaipur, dans le Rajasthan.
Là encore, pas de ticket disponible en seconde, ni en première classe, mais cette fois, le contrôleur nous assure qu’en achetant des tickets de 3eme classe (la fameuse « General class »), on pourrait, à l’arrivé du train, payer un supplément et se faire surclasser en 2nde classe. On achète donc les billets, on attend le train qui finit par arriver avec 4 heures de retard, et là, surprise : le même contrôleur nous dit qu’il y a une liste d’attente, que nous ne sommes pas dessus, et que nous ferions mieux de revenir le lendemain !!!
Enragés, et presque désespérés, on est quand même monté dans le train en 2nde classe, et on a passé les 16 heures du trajet avec nos sacs, entre la porte et les toilettes. Probablement le pire trajet de ma vie (après celui de la veille, bien sure !!).


Jaipur, notre havre de paix

Je dois dire qu’une fois arrivés à Jaipur, les rabatteurs infatigables ne nous ennuyaient plus, et la chambre d’hôtel simple mais propre, nous a paru le paradis…
J’ai donc passé 3 jours agréables dans la ville rose avec mes potes, à peine le temps de décompresser, avant de repartir seule à Delhi pour récupérer mon chéri qui arrivait de Paris.



Delhi, la ville de tous les délits



Retour a Delhi donc… Ricardo et moi avons pris une chambre dans un hôtel de Karol Bahg, un quartier commerçant, pour éviter l’horrible ghetto de Pahar Ganj, où les bagpackers du monde entier se retrouvent dans des hôtel mal famés, entourés de boutiques qui emploient plus de rabatteurs que de vendeurs..
Malheureusement, très rapidement les chosent ont mal tournées.

Mes coups durs

Tout d’abord, alors que notre programme était de passer les fêtes de fin d’année avec Denis, Romain et Marie, mes potes de Paris, dans le Rajasthan, avant de filer vers le Pakistan où je comptait tourner mes portraits de femmes avant de revenir en Inde pour quelques mois, on s’est retrouvé dans l’impossibilité d’obtenir des visas.
Le problème ne venant pas de l’ambassade du Pakistan, mais de l’ambassade de France, qui refusât catégoriquement de nous délivrer les autorisations nécessaires…
Le comble, puisque depuis la France, un visa touristique pour le Pakistan s’obtient sans aucun problème !!

A peine remis de cette déception, nous avons décidé de prendre le train pour rejoindre les autres à Jodhpur. Seulement, alors que nous venions d’embarquer dans le wagon et que l’on s’affairait à cadenasser nos bagages, Ricardo s’est fait volé le sac contenant tous ses papiers (passeport, visa et carte de séjour) et tous ses sous (CB et 500 euros en cash)…
Je ne vais pas m’étendre sur la soirée qui a suivi, passée au poste de police de la gare d’Old Delhi, à tenter de convaincre les flics d’accepter que l’on reporte un vol et non une perte de bagage (très mauvais pour leurs statistiques !!).

La suite est encore pire : il nous aura fallu un mois et 270 euros pour faire renouveler son passeport (l’ambassade de Cuba en Inde n’ayant aucun pouvoir administratif, il aura fallu tout faire passer par l’ambassade de Cuba à Paris) ; une semaine de plus pour le visa indien et pour finir en beauté : une 10aine de jours pour que Ricardo obtienne le droit de rentrer en France avec (quelle ironie…) un visa de touriste valable 30 jours et qui nous aura couté 60 euros!!!

Bref, les vacances dont on rêvait tous les deux ne se sont pas vraiment passées comme prévues… On est resté bloqué à Delhi pendant près d’un mois, sans pour autant profiter de la ville puisqu’il nous fallait régler ces histoires de papiers.

Retour dans le Rajasthan


Une fois enregistrée la demande de renouvellement de passeport de Ricardo, sachant que l’on aurait à patienter plusieurs semaines, on est tout de même parti dans le Rajasthan, rejoindre Marie, Romain et Denis : une petite semaine à Jaisalmer, dont 3 jours de safari à dos de dromadaire dans le désert… le rêve !!



Ensuite on les a laissé rentrer sur Delhi (Denis et Marie devaient reprendre l’avion pour Paris) et Ricardo et moi avons décidé de prendre quelques jours à Udaipur, une ville agréable, entourée de lacs, et dont le célèbre palace, datant de l’époque du Raj, la fait ressembler de près à une citée sortie tout droit des contes des mille et une nuits.



Mes rencontres

Il ne manquait plus qu’elle pour que la bande soit au complet : la petite Marie, tout droit arrivée de Paris, pour 2 semaines de folie !!!
J’ai vraiment apprécié de me retrouver entre potes pour fêter la fin de l’année...
Même si au cours de mon voyage, j’ai rencontré beaucoup de gens dont une bonne partie sont devenus des amis, rien de vaut le plaisir de retrouver des vieux potes pour démarrer la nouvelles année du bon pied !!

Mes coups durs

Je parle là de la fin de l’année mais en réalité nos dates n’ont pas vraiment coïncidées avec celles des fêtes de fin d’année… Pas de chance (mais ça reste un tout petit coup dur !), j’ai passé noël dans le train et le nouvel an dans le bus !!
Après le Rajasthan, retour à Delhi pour mon chéri et moi.
C’est d’ailleurs là qu’à vraiment commencé l’attente, en ce qui concernait ses papiers.
Les jours filaient, notre temps ensemble s’amenuisait, et toujours rien : pas de nouvelles de l’ambassade, impossible de bouger.. Bref, pas terrible !
On a quand même fini par tout régler, 5 jours avant le départ de Ricardo, et on a filé au nord, à Shimla, petite ville de montagne et ancienne station climatique sous l’empire britannique ; puis à Chandigarh, la fameuse ville entièrement dessinée par le Corbusier (et dont j’ai trouvé l’architecture pratique, mais vraiment dénuée de charme).



Ensuite Ricardo a repris l’avion… Pas facile de se séparer de nouveau, surtout que je commençais à m’habituer à avoir un homme à mes côtés, ce qui lorsque l’on voyage en Inde du nord, change beaucoup de choses, en particulier en matière de respect.
Quant à moi, j’ai repris le fil de ma mission, et en quelques sortes mon quotidien :
j’ai recommencé à couchsurfer et à tourner.

Delhi, ma vision de la ville s’embellit ...

Pendant cette dernière semaine passée à Delhi, j’ai découvert (et ce, en grande partie grâce à mes hôtes CS) un nouvel aspect de la capitale indienne :
Un rythme de vie plus décontracté, des gens cultivés et ouverts d’esprit, des endroits sympathiques où sortir le soir (et pas forcement hors de prix), des coins calmes, en dehors du vacarme incessant du centre, bref… presque une autre ville !!

Mes rencontres

Navneet et Priya m’on accueillit dans leur appartement du sud de la ville (réputé pour être moins conservateur que le nord) pendant 7 jours.
En couple depuis longtemps, ils se sont mariés voilà environ un an et vivent séparés de leurs parents (fait suffisamment rare dans la société indienne pour être souligné).
Alors que Navneet est programmateur informatique, Priya est l’assistante d’un célèbre documentariste indien (ce qui nous faisait dès le départ, je l’admets, un point commun).
J’ai découvert en eux, ce que je n’avais jamais rencontré jusque là en Inde : des jeunes totalement ouverts sur monde extérieur, et avec qui je pouvais avoir le même genre de conversation qu’avec mes potes.
J’ai rencontré leurs familles et leurs amis, et je dois dire que nous avons vraiment passé de bons moments ensemble, sans oublier que c’est entièrement grâce à eux que j’ai pu tourner mon portrait de femme à Delhi, puisque Reshu, la jeune fille que j’ai interviewé, se trouvait être la fiancé de Vikram, un ami de Navneet.

Shinvani, 22 ans, est la petite sœur de Vikram. Elle a tenu à me filer un coup de main dans mes recherches pour mon tournage et m’a accompagné dans les bidons-villes pour me faciliter les choses. J’ai aussi passé quelques soirées avec elle à descendre des bouteilles de whisky et tout en chantant du Khaled : « didi, eh didi, eh didi, etc… », on s’est payé de bonnes crises de rire et encore une fois, j’ai été surprise de découvrir le dessous des cartes… La jeunesse indienne contemporaine est bien loin d’être ce que l’on croit (lorsque l’on croit ce qu’en disent ses parents !!)

Mes coups durs

Rien à signaler…
Vous l’aurez compris, mon second séjour à Delhi n’a rien eu à voir avec le premier…
Je reste persuadée que le Couchsurfing y est pour beaucoup, et une fois de plus, je recommande !!

Mon film

Après 2 mois de vacances (si on peut vraiment appeler ça des vacances), j’ai finit par reprendre la caméra pour faire le portrait de Reshu.

Agée de 26 ans, Reshu est l’ainée de 3 enfants. Avec ses 2 jeunes frères et ses parents, elle vit dans la maison de sa grand-mère paternelle à Kohat Enclave, dans le nord de Delhi. Elle travaille comme secrétaire tout en préparant un MBA en RH.
Elle est hindoue, d’une famille originaire du Pendjab et appartient à la classe moyenne. En aout 2008, elle rencontre Vikram, qui travaille dans la même société. Il lui propose le mariage, au bout de 3 mois elle accepte et ils décident de convaincre leurs parents respectifs d’arranger leur mariage. En février 2009, ils se marient en grandes pompes.
La dot est payée, l’image des familles est sauvée par ce « love-cum-arranged marriage », la dernière mode en matière de mariage en Inde, qui signifie que les partenaires sont amoureux l’un de l’autre mais que les parents vont tout de même arranger leur mariage.
Mon sentiment : Reshu sera une épouse et une belle fille respectable, au sein de sa nouvelle famille. Elle se considère comme une femme moderne et libre. Pourtant, sa conception du mariage et de la femme restent tellement conservatrices…


Au terme de ces deux mois en Inde du nord, je dois dire que j’étais plutôt contente de descendre vers le sud, que par expérience, je sais beaucoup plus relax…
Une fois terminé mon portrait de Reshu, j’ai donc récupéré ma sœur Alice (dont le séjour en Inde était prévu depuis déjà plusieurs mois) à l’aéroport, avant de prendre un avion avec elle pour Cochin, dans le Kerala.

Inde du sud : et je me souviens pourquoi ce pays me plait tant…

Au programme de mon dernier mois en Inde : deux semaines de vacances (mais cette fois des vrais vacances !) avec ma sœur, une nouvelle visite de Romain et deux portraits de femmes dans l’Andra Pradesh, à Hyderabad, la plus grande ville musulmane du sous-continent. Comme d’habitude, des hauts et des bas, mais au final beaucoup de bons moments !!

Le Kerala, petit paradis terrestre


Je suis arrivée avec Alice à Cochin, le 9 Février 2009. Pour son premier séjour en Inde, j’avais décidé de lui épargner les grandes villes et planifié un petit tour dans l’une des régions les plus agréables du pays.



Nous avons donc passé 3 jours à Fort Cochin, ancienne enclave portugaise et dernier bastion des juifs de l’Inde ; avant de descendre sur Allepey, une petite ville bordée de canaux que l’on appelle ici des backwaters et située non loin de magnifiques plages de sables blancs. Bref : le pied !!

Romain nous y a rejoints et nous sommes remontés un peu au Nord, vers Munnar, célèbre pour ses collines recouvertes de plantations de thé. On y a loué des motos et on s’est promené le long de routes incroyables de verdure, jusqu’à une cascade où on a pris un bain, comme à la maison !!



Un climat tropical, des gens souriants, une ambiance détendue, des massages ayurvédiques…Une chose est sure, dans le Kerala la vie est douce.



Mes rencontres

Ma petite sœur chérie, bien évidemment, à qui j’étais ravie de faire découvrir un petit bout d’Inde (surtout que c’était le meilleur !!).


La bande de la Gowri guest house, à Allepey, que j’avais rencontré lors de mon dernier passage en Inde en 2006, et en particulier Afsal, un musulman pas vraiment pratiquant de 32 ans, très sympa et toujours prêt à filer un coup de main pour quoi que ce soit.


Romain : encore lui !!!
Apres le départ d’Alice, on a reloué une moto (une mythique Royal Enfield bien sure !!) et on est retourné à Allepey profiter de la plage une toute dernière fois…


Mes coups durs

Rien, à part les mateurs sur la plage qui sont vraiment fatigants… Cela dit je comprends que dans ce pays où les femmes, hindoues ou musulmanes, sont couvertes des pieds à la tête, les pauvres types sont souvent frustrés (ce qui, pour autant, n’excuse pas leur comportement immature et débile).

Hyderabad : cité (pré)historique


Lorsque je suis arrivée à Hyderabad, j’avais pour intention de tourner un portrait de femme relatif à la question du divorce chez les musulmans. Car il faut savoir que l’Inde à ceci de particulier qu’administrativement, toutes les religions sont reconnues et mises sur un pied d’égalité. Ce qui signifie que certaines lois (dont celles qui régissent le mariage) différent en fonction de la religion des individus.
Ainsi, en ce qui concerne les musulmans, (près de la moitié de la population à Hyderabad et plus de 70% des habitants de la vieille ville) c’est la « All India Muslim Personal Law Board » qui détermine les droits et devoirs des époux.
En matière de divorce, cette loi (incroyable mais vrai !) n’autorise les couples à se séparer qu’à la demande du mari, à qui il suffit de prononcer trois fois le mot « talaq » pour se trouver divorcer de sa femme. L’épouse quant à elle, ne peut entamer de procédure de divorce que dans des cas extrêmes, et la plupart du temps, si elle va à l’encontre de la volonté de son mari, elle se voit débouter de sa demande (autant par les chefs religieux que par les tribunaux légaux).

Face à cette situation, j’ai décidé de tourner deux portraits de femme, l’une étant victime d’un divorce non désiré qui l’a conduite à se retrouver mise à la porte de chez elle sans un sous en poche ; l’autre, se voyant refuser le divorce depuis plus de 10 ans alors que son mari lui a sauvagement coupé (et pas juste égratigné puisqu’il le lui a carrément amputé) le nez dans un violent accès de colère.

Mon film

A 20 ans, Nasreen vit aujourd’hui dans une pièce de 9 mètres carré avec son père et sa mère, sa grand-mère et sa sœur, âgée de 21, divorcée, mère d’un bébé de 1 ans et d’une petite fille de 3 ans. 4 mois après son mariage, Nasreen a été renvoyée chez ses parents par son mari parce que son père n’est pas en mesure de payer les 10 000 roupies de dot promise avant le mariage.
Apres avoir tout tenté, allant même jusqu’à la menacer de mort pour récupérer cet argent, il a finit par lui annoncer le triple talaq au téléphone et ainsi prononcer le divorce.
Sans aucun recours contre ce divorce, Nasreen, avec l’aide d’une association, a porté plainte pour exigence de dot et espère ainsi récupérer les 50 000 roupies dépensées par son père pour le mariage. Le jugement n’a pas encore été prononcé mais moins de deux semaines après avoir été arrêté, son ex-mari a payé sa caution pour sortir de prison et s’est remarié. Nasreen quant à elle risque d’être à nouveau mariée d’ici peu de temps ; elle n’en a pas envie mais son père, n’ayant pas les moyens de nourrir toute la famille, lui a déjà trouvé un prétendant…


Sultana a 29 ans et un fils de 12 ans.
Elle a été mariée de force à 17 ans, à un homme de 28 ans.
Il n’a aucune éducation, tandis qu’elle est intelligente et débrouillarde. Elle réussit tout ce qu’elle entreprend ; il est jaloux et la trouve prétentieuse.
Onze mois après leur mariage et alors qu’elle est enceinte de 8 mois, son mari l’assomme et lui ampute le nez avec une tenaille. Il se rend ensuite au poste de police avec le nez pour proclamer son fait. Sultana passe plusieurs mois à l’hôpital. Lorsqu’elle en sort, elle s’installe chez son frère. Son marie purge une peine de 3 ans puis sort de prison. Elle ne peut imaginer retourner vivre avec lui mais il refuse de lui accorder le divorce.
Un an plus tard, Sultana décide de se prendre en charge et de vivre seule. Seule sa belle sœur la soutient financièrement tout en lui conseillant de laisser tomber la plainte qu’elle a déposée en 2002 pour réclamer le paiement des frais d’éducation de leur fils.
Aujourd’hui Sultana s’assume seule, elle travaille comme travailleuse sociale au sein d’une association qui aide les femmes musulmanes de Hyderabad à défendre leurs droits.


La semaine que j’ai passé à Hyderabad n’a pas été facile. Apres les semaines de rêve que je venais de passer dans le Kerala, me retrouver à partager le quotidien de femmes dont les moindres droits sont bafoués au quotidien et qui en plus, vivent dans une pauvreté extrême, à été pour moi moralement très difficile. Heureusement j’ai tout même eu quelques bons moments, comme par exemple le 8 mars, où je suis intervenue dans une conférence sur le thème des droits de la femme, organisée par l’association Shaheen (pour laquelle travaille Sultana) dans le cadre de la journée internationale de la femme.
Me retrouver face à ces femmes en niqab et burqa, ahuries d’entendre qu’elles avaient des droits fondamentaux à faire respecter par leurs maris, leurs pères et leurs frères, et pourtant pleine de bonne volonté m’a fait du bien. Pourtant je doute que pour elles les choses changent vraiment dans les années à venir. J’étais déjà passé à Hyderabad en 2003, et dans mon souvenir, la plupart des femmes portaient le hijab (simple voile couvrant les cheveux) voir le chador ; visiblement depuis, la situation s’est radicalisée…

lundi 2 février 2009

Au Népal, apellez-moi “didi”…

Kathmandu


Apres un passage éclair en Thaïlande, (l’occasion de poursuivre le portrait de Nan, la « fille parfaite », qui s’est dévergondée durant mon absence, est tombée enceinte et s’est mariée en catastrophe quelques semaines avant mon arrivée.) je suis arrivée au Népal avec un peu d’appréhension :
Je n’avais pas vraiment travaillée depuis des mois, et le fait de reprendre la course contre la montre que m’impose le fait de devoir trouver des femmes et tourner leurs portraits en moins de 30 jours me plaisait moyennement. Je m’étais habituée à prendre mon temps et il me fallait revenir à un rythme beaucoup plus soutenu !
En plus, mon hôte couchsurfing (avec qui je n’avais échangé que quelques emails) ne m’avait pas donné de nouvelles depuis des jours et je n’avais pas son adresse, donc je me préparais à affronter la dure réalité des guest house de Thamel, le quarter des bagpackers à Kathmandu, grouillant de mendiants, de dealers et d’arnaqueurs en tous genres…
Au final je n’y ai passé que 3 jours, le temps pour moi de prendre contact avec John, mon hôte CS et d’emménager chez sa cousine Sarita pour près de 10 jours.
C’est d’ailleurs dans ce foyer de banlieue que j’ai découvert la vrai Kathmandu, bien plus accueillante que ce que laissait présager mon passage à Thamel.
Je suis très vite devenue « Emilie didi » (trad : sœur Emilie) pour toute la famille, car au Népal, chose que je trouve appréciable, les gens utilisent tous des termes relatifs au champ dialectique de la famille pour s’interpeller : en fonction de l’âge de la personne que l’on a en face de soit, on est « didi » ou « auntie » pour les femmes, « bhai », « dhai » ou « uncle » pour les hommes… J’aime bien !!!

Mes rencontres :

Comme ne l’indique pas son nom, John est népalais.
A 26 ans, il vit avec son frère James, 19 ans, dans une maison qui appartient à son oncle Dane, ancien Gurkha émigré en Angleterre ; mais lorsque je l’ai rencontré, il habitait avec sa cousine Sarita (dont le mari vit et travaille à Hong Kong), qui venait d’emménager dans une nouvelle maison et ne se sentait pas de s’y installer sans avoir un homme à la maison, au moins pendant les premières semaines.
Quoi qu’il en soit, John termine des études d’ingénierie civile et partage son temps entre son église (il est évangéliste et très, très épris de religion : du style à lire la bible matins et soirs sans exceptions) et les différentes associations dont il fait parti (contre le sida, pour la liberté d’expression, l’alphabétisation, le sauvetage des enfants des rues, et bien d’autres encore…). Son projet à moyen terme est de monter et gérer un orphelinat et un centre d’accueil pour les gamins des rues.
La petite histoire concernant John, c’est qu’alors que je pensais en quittant la Thaïlande que je n’entendrais plus jamais parler de lui après sa confirmation d’hébergement sur CS, il est carrément venu me chercher à l’aéroport ! Malheureusement pour nous deux, je n’avais pas lu le mail qu’il m’avait envoyé le jour de mon départ et lorsque j’ai atterrie a Kathmandu, j’ai directement pris un taxi pour le centre ville. Le pauvre John m’a attendu pendant 2 heures avec à la main, une pancarte géante à mon nom…
Heureusement il ne m’en a pas voulu, est s’est montré, dès le départ, très amical. John est d’ailleurs probablement la personne la plus dévouée que j’ai jamais rencontrée… Il est très respectueux de ses préceptes religieux et du coup il est profondément bon et attentionné envers tout le monde : toujours prêt à aider son prochain sans aucun apriori. Si tous les croyants étaient comme lui, la terre serait probablement le vrai paradis.

Sarita m’a gentiment accueillie au sein de sa petite famille pendant près de 10 jours.
Mariée à 15 ans à un homme qui vit a plusieurs milliers de kilomètres de chez elle et qu’elle n’a pas vu depuis plus de 2 ans, elle ne travaille pas et élève ses 2 garçons avec l’aide de Smiriti, la fille à tout faire de la maison.

Sa vie est finalement assez répétitive : elle ne sort de chez elle que pour aller au marché ou encore pour récupérer son fils Man à la sortie de l’école (quand ce n’est pas Smiriti qui s’en occupe…). Alors elle occupe son temps en regardant la télévision et en supervisant les ouvriers qui terminent les derniers travaux à effectuer dans la nouvelle maison. Tous les mois, son mari lui envoie 40 000 roupies népalaises (400 euros), ce qui lui suffit largement pour faire tourner son foyer en se tournant un peu les pouces…

Manita m’a été présentée par John comme une jeune népalaise moderne, issue de la classe moyenne. A 19 ans, elle entre tout juste à l’université pour étudier le commerce (même si en réalité elle a un petit penchant pour la photo). Ses parents tiennent une petite boutique alimentaire au dessus de laquelle ils habitent avec leurs deux filles. La première fois que je me suis promenée avec Manita et l’une de ses copines, les deux jeunes filles se sont révélées très curieuses des coutumes françaises et européennes, en particulier en ce qui concerne la famille, la place des femmes et la vie des jeunes dans les pays occidentaux. Elles ont semblées surprises et parfois choquées d’entendre ce que j’avais à leur raconter. Au final, elles semblaient à la fois séduites et désapprobatrices. Quoiqu’il en soit, et malgré un certain conservatisme, j’ai trouvé Manita intelligente, assez libre dans sa façon de penser, et surtout très sympathique.

Comme l’Inde, le Népal est envahit de touristes israéliens…
Ils se divisent en deux groupes : les couples d’âges murs qui viennent passer quelques jours de vacances dans ce pays de montagnes avant de continuer leur périple vers l’Inde et l’Asie du sud-est ; et les jeunes qui cherchent à décompresser et prendre du bon temps au sortir de leurs 3 ans de service militaire.
Ceux-là sont considérés par les locaux comme les pires touristes ayant jamais foulé le sol népalais : ils s’installent généralement à Kathmandu pour plusieurs mois, se déplacent en groupes et semblent n’avoir de respect pour rien ni personne…
Ils veulent faire la fête et n’hésitent pas à se mettre la tête à l’envers par n’importe quel moyen. Selon les habitants de Thamel, à chaque fois qu’une bagarre éclate dans la rue, on peut être sure qu’elle implique des israéliens. Du coup il existe à Kathmandu une règle qui semble inaltérable : les israéliens doivent payer plus chère que les autres !!!
Petit exemple : lorsque je suis arrivée à l’aéroport, pour éviter de débourser une somme exorbitante pour un taxi, je me suis joint à un groupe de 5 israéliens qui s’étaient rencontré dans l’avion et leur ai proposé de partager un taxi. Une fois arrivés à Thamel et après un passage obligé à Bet Chabad, la maison d’Israël à Kathmandu (où semble t-il tous les israéliens débarquent en arrivant au Népal pour faire le point sur la situation et bénéficier des conseils de leurs compatriotes), nous avons commencé à chercher des chambres d’hôtel (une fille de 20 ans voyageant seule faisait partie du groupe et m’avait proposé que l’on partage une chambre pour en diminuer les frais). Pendant au moins 2 heures, nous avons fait le tout du quartier, passant d’un hôtel à un autre sans rien trouver à moins de 700 roupies (tarif négocié pendant ¼ d’heure !!). Lorsque j’en ai eu marre de chercher et que je me suis rendue compte que la fille en question était prête à payer une chambre hors de prix, juste pour rester à coté de Bet Chabad, je les ai laissé tombé et je suis partie de mon coté. En 5 minutes, j’avais trouvé une chambre à 300 roupies, et ce dans un hôtel dans lequel on était déjà passé !!! On m’a confirmé par la suite qu’il existait bien à Kathmandu un tarif spécial Israël et que les ressortissants israéliens étaient moins bien venus au Népal que toutes les autres nationalités… Finalement, même si les français sont connus dans le monde pour être de vrais radins, ce n’est pas la réputation la plus difficile à porter !!!

Mes coups durs :

Rien de grave lors de mon séjour à Kathmandu à rapporter dans cette rubrique…

Mon passage à Thamel n’a duré que 3 jours et malgré le nombre assez impressionnant de gens mal intentionnés que j’ai pu rencontrer dans ce laps de temps (généralement des gérants de guest houses et des professionnels du tourisme intéressé pas seulement par mon porte monnaie..), tout s’est bien passé (mais je vous assure que je n’aurais jamais ouvert à qui que ce soit qui frapperait à la porte de ma chambre, pas même les employés des hôtels !!)

Chez Sarita, c’était une toute autre histoire :
Levé avec le soleil tous les matins, diné à 18h et couché tous les soirs en même temps que les enfants (3 et 12 ans)… Une vie saine, certes, mais pas très exaltante ! Sans parler des thalis (plat traditionnel au Népal comme en Inde, composé de riz blanc, curry de choux fleur parfois agrémenté de patates et dune soupe de lentilles appelée dhal) matin, midi et soirs !
Ne me méprenez pas, j’ai l’air de me plaindre et de faire mon enfant gâtée… Seulement si au début j’ai apprécié la cuisine de Smiriti à sa juste valeur (une cuisine simple, mais délicieuse et très nutritive), au bout de 3 ou 4 jours j’aurais tout donné pour un légume vert ou un yaghourt !!! J’aurais voulu cuisiner, le problème c’est que l’accès aux ustensiles cuisine m’a toujours été refusé (je ne sais d’ailleurs pas trop si c’est par excès de politesse et par volonté de m’accueillir dans les règles), ou si Sarita, pourtant adepte de la religion bouddhiste, pratiquait la coutume hindoue qui veut qu’un étranger (comprendre quelqu’un d’une autre caste) ne doive pas toucher aux ustensiles de cuisine sous peine de les souiller et de les rendre inutilisable pour cause d’impureté).
De plus, j’ai remarqué que les népalais, habitués à ce régime perpétuel, ne le trouvent pas particulièrement monotone. Ainsi lorsque j’ai invité John, Manita et un couple d’amies au restaurant un midi, ils ont tous préféré commander des thalis plutôt que des momos (bouchées à la vapeur chinoises dont raffolent tous les népalais au point d’en voir fait un plat national) ou des plats continentaux, et cela uniquement parce qu’il n’était pas l’heure de manger autre chose (le régime népalais comprend aussi de nombreux encas, répartis dans la journée et généralement faits de chowmein, de momos ou de fritures).
Je dois quand même préciser que lorsque l’occasion s’est présentée que j’invite Sarita, Smiriti et les enfants au resto (Sarita n’aimant pas sortir avec les enfants, la convaincre a été difficile, même pour aller dans une échoppe du quartier !!!), la situation s’est révélée quelques peu différente : les 2 garçons ont changé la donne en se régalant de hamburgers et de boissons sucrées, tandis que les adultes ont mangé des momos et du chowmein. En même temps il était 4h de l’après-midi…

Quoiqu’il en soit, j’ai fini de vous parler des mes réflexions psychologico-culinaires et je vous propose de vous pencher sur un sujet bien plus intéressant : mon film !!

Mon film :

Lorsque j’ai parlé à John de mon projet, il a paru tout de suite emballé et m’a proposer de m’apporter son aide. Très rapidement, j’ai grâce à lui, pris contact avec une association (la seule en fait, au Népal) LGBT.H (Lesbiennes, Gays, Bi et Transsexuels, sans oublier les hermaphrodites - 1 membre au sein de l’association, dont on ne tient pas à faire une victime de discrimination !!).
Selon BDS (Blue Diamonds Society), au Népal, 150 000 personnes se revendiquent LGBT (plus 1 personne des deux sexes je le répète – moi non plus je ne veux pas faire de discrimination !!)

La grande découverte que j’ai faite en discutant avec le président de l’association, c’est qu’en réalité, les notions de gay ou lesbienne ne s’appliquent pas à cette population.
Je m’explique : la pression sociale est telle dans la société népalaise, et les gens (LGBT ou pas) tellement encrés dans la tradition, que même au sein des couples homosexuels, l’un des intéressé doit jouer le rôle de la femme (pour les gays) ou de l’homme (pour les lesbiennes). Du coup les couples sont formés de transgenres (un homme qui se considère et se comporte comme une femme ou inversement) et de pseudo hétéros (qui considère leur partenaire comme étant du sexe opposé).

C’est un peu compliqué, mais en gros et en ce qui nous concerne, cela signifie que vous ne verrez pas au Népal de couples composé de deux femmes ressemblant à des femmes. L’une d’elle sera forcement prénommée et vêtue comme un homme, se présentera et se comportera en tant que tel (dans la culture népalaise, les taches sont bien définies au sein du couple).
Et si tous ces transgenre (masculins ou féminins) ne sont pas des transsexuels (c'est-à-dire ayant subi une opération de changement de sexe), c’est uniquement parce que l’opération ne se pratique pas au Népal et que d’aller se faire opérer en Inde ou au Népal est soit très dangereux, soit très couteux… La situation est telle qu’aujourd’hui BDS réclame au gouvernement népalais l’officialisation d’un troisième genre, en plus du masculin et du féminin !!!

Pour moi qui désirais faire le portrait d’une lesbienne, un vrai problème s’est alors posé : aucune des filles que j’ai rencontrées ne se considérait vraiment comme lesbienne (au sens où on l’entend en occident) et comment décider laquelle des partenaires (la féminine ou la masculine) d’un couple de femmes collait le plus à ma définition du lesbianisme (celle du dictionnaire : une femme ayant une attirance sexuelle pour une autre femme)…
Finalement, et après maintes réflexions, j’ai décidé de faire le portrait d’un couple : ce sera au spectateur de décider lui-même de la situation des homosexuelles au Népal !!
Suman et Anusar

A 26 et 23 ans, les deux jeunes femmes ont un parcours surprenant :
La première est bouddhiste, tandis que la seconde est hindoue, elles viennent de la région Est du Népal et se sont rencontrée en 2006.
Dès leur première rencontre, elles sont tombées sous le charme l’une de l’autre et ont démarré une relation amoureuse qui les a amenées, voilà quelques mois, à fuir leurs familles respectives et s’installer ensemble à Kathmandu.

Chose qui m’a paru assez insolite, Suman et Anusar sont mariées religieusement. Elles ont réussi à tromper la vigilance d’un prêtre hindou (Suman passant plutôt bien pour un homme) et ont échangées les sacrements du mariage.
Aujourd’hui Suman travaille pour une association népalaise de droits de l’homme, tandis qu’Anusar suit une formation d’esthéticienne. Elles vivent dans une chambre minuscule sur le toit d’un immeuble de Thamel et ne côtoient que des LGBT.
Au-delà de leur franchise et de leur gentillesse, ce qui m’a beaucoup touché les concernant, c’est la complicité et la tendresse qui émanait de leur couple en dépit d’une vie pas tous les jours facile et d’une vrai détresse (surtout chez Anusar) concernant leurs relations avec leurs familles.

Gularia


Je suis arrivée dans la petite ville de Gularia, dans l’ouest du Népal, après avoir pris contact avec « Friends of needy children » (FNC), une ONG locale qui se charge de porter secours aux enfants victimes de violence, de malnutrition, et de toutes sortes de maltraitances.
Pour arriver à Gularia de Kathmandu, j’ai du prendre un micro bus, une sorte de taxi collectif très commun dans la capitale népalaise. 16h de trajet, de nuit, avec un seul et même chauffeur qui faisait des pauses thé rapides toutes les 2 ou 3 heures. J’étais assise à coté de lui sur le siège passager (pas de ceinture de sécurité) et toute la nuit j’ai rêvé que le type s’endormait au volant, au point qu’à un moment, je me suis réveillée en sursaut et je lui ai attrapé le bras, pensant qu’endormi, il me tombait dessus … le type m’a regardé avec un air surpris (tu m’étonnes !!) je me suis excusée et rendormie aussi tôt.
Au petit matin, sur la route déserte, des familles entières de singes se réchauffaient sous les premiers rayons du soleil et on devait presque tout le temps rouler au pas pour leur laisser le temps de dégager la route.
Arrivée à Nepal Ganj, le terminus, vers 10h du matin, j’ai du reprendre une jeep collective pour finalement arriver à Gularia vers 11h00. Autant dire que j’étais épuisée…
Mais ne voulant pas perdre de temps, j’ai tout de suite contacté le représentant de FNC à Gularia et pris rendez-vous pour l’après-midi.
Je n’ai passé que quelques jours à Gularia, mais je n’y ai pas tellement apprécié mon séjour. En dehors de mon tournage qui s’est vraiment bien passé, je n’y ai pas trouvé les gens hyper accueillants. En dehors des étudiants, peu d’habitants de la ville parlent anglais et s’intéressent aux étrangers. Par contre le bon coté des choses, c’est que Gularia est une toute petite ville paumée en pleine campagne, et que l’on peu sans mal et très rapidement se retrouver aux milieux des champs de colza et traverser les petits villages des alentours.

Mes rencontres :

Man Bahadur Chhetri
Il est le représentant local de FNC, et aussi l’une des personnalités népalaises les plus connues en matière d’aide aux enfants victimes d’abus ; en particulier en ce qui concerne les deukis et le kamlaris.


Petite explication :
Les deukis sont des fillettes issues de familles pauvres, que leurs parents vendent à des personnes aisées, qui en font offrande aux temples. Elles deviennent alors les servantes des dieux, vivent d’offrandes faites par les fideles, ne reçoivent aucune éducation ni aucun soin et sont souvent abusées sexuellement par les prêtres hindous avant d’être renvoyées des temples lorsqu’elles atteignent la puberté. Selon les croyances locales, épouser une ancienne deuki porte malheur ; ainsi, les jeunes femmes ne trouvant ni mari ni travail, se retrouvent souvent sans autre choix que de vendre leur corps pour survivre.

Les kamlaris sont quant à elles des fillettes issues de la communauté Tharu (l’une des ethnies qui compose la population népalaise, principalement localisée dans l’ouest du pays), que leurs parents vendent comme domestiques à des familles riches. Tous les ans au mois de Janvier, durant le festival de Maghi, des milliers de familles Tharu passent des contrats oraux avec des employeurs (appelés « propriétaires ») et se séparent de leurs filles âgées généralement de 6 à 16 ans pour une somme qui avoisine généralement les 50 euros. L’année suivante, le contrat peut être reconduit ou pas. En attendant, la fillette travaille entre 15 et 18 heures par jours contre 2 repas par jour et un endroit ou dormir (parfois une simple paillasse dans un coin de la cuisine).
Durant cette année, les parents n’ont aucun contact avec leur fille, et la plupart du temps, ne savent même pas ou elle se trouve. Ainsi il arrive régulièrement que les filles soient revendues et trafiquées vers des réseaux de prostitution, le plus souvent en Inde.

Man Bahadur travaille sur ces questions depuis toujours. Grace à son acharnement et sa force d’action (malgré l’opposition de personnalités népalaises qui profitent largement de l’exploitation de ces enfants), et bien sure avec l’aide de nombreuses autres personnes, il a participé à l’élimination progressive de ces deux systèmes. Aujourd’hui au Népal, il n’existe (officiellement) plus de deukis et l’on estime le nombre de kamlaris à environ 10 000, contre 20 000 ils y seulement 4 ans.

Mon film :

Comme vous devez vous en douter, le portrait que j’ai réalisé à Gularia concernait un jeune kamlari de 15 ans, Shuriya.
Lorsque j’ai démarré ma recherche, avec Man Bahadur comme interprète, il m’a proposé de rencontrer 2 jeunes filles. La première, Tara, 14 ans, travaillait comme kamlari depuis l’âge de 8 ans. Je ne l’ai vu qu’une fois.
Lorsque l’on est arrivé dans la petite gargote où elle vivait et travaillait depuis un an, elle a paru très effrayée, n’a pas ouvert la bouche et s’est même mise à pleurer lorsque j’ai essayé d’attirer son attention. J’ai préféré partir. La rencontre a duré 20 minutes au maximum.
Je dois dire que cette rencontre avec Tara m’a bouleversé et m’a surtout déconcerté :
Pour moi, la situation des kamlaris était vraiment terrible. Esclaves vendues par leurs propres parents, fillettes victimes d’un système qui bafoue le moindre de leurs droits, les kamlaris devaient être sauvées… Mais que faire si elles ne voulaient pas être sauvées ? Et surtout comment ne pouvaient-elles pas le vouloir ?
Man Bahadur m’a alors expliqué que beaucoup de kamlaris refusent d’entrer en contact avec les associations, de peur de se voir maltraiter par leur propriétaire, ou encore de devoir rentrer chez elles, où parfois elles ne sont pas les bienvenues, leurs parents ayant de nombreux enfants à nourrir et peu, voir pas de revenus…

Ma rencontre avec Shuriya m’a permit de mieux comprendre la situation.


Vendue pour la première fois par ses parents à l’âge de 10 ans, Shuriya a été renvoyée dans sa famille au terme de son premier contrat. Ses parents n’ayant pas les moyens de la nourrir correctement, et encore moins de l’envoyer à l’école, elle a choisit de repartir pour se donner de meilleures chances de quitter son village natal et de mener une meilleure vie. Apres quelques expériences malheureuses (maltraitance et abus sexuels) elle a finit par se retrouver dans une maison de femmes (tous les hommes du foyer vivant à l’extérieur) où elle occupe ses journées entre diverses taches ménagères et un travail de serveuse (la famille tient une petite gargote en ville). Shuriya est logée et nourrie, bien mieux que si elle vivait avec ses parents, elle garde pour elle le « salaire » qui, selon la tradition, devrait revenir à ses parents (environ 60 euros par an). Elle rêve d’intégrer la police locale, tout en sachant que sans aucune éducation (elle n’a jamais dépassé le cours élémentaire), c’est pratiquement impossible.
Et puis de toutes les façons, elle va se marier dans quelques mois à un homme de 21 qui vit et travaille en Inde. Elle l’a déjà vu en photo et il a un physique plutôt pas trop mal. Shuriya se considère comme chanceuse. Il reviendra au Népal pour le mariage puis elle s’installera dans sa famille avant qu’il ne reparte en Inde. Le quotidien de Shuriya ne sera pas bouleversé… Elle fera le même travail dans une autre maison, pour une belle mère plutôt que pour une propriétaire. Mais Shuriya est heureuse, elle ne rentrera pas au village…

Bhairahawa


Avant de rentrer à Kathmandu, j’ai choisit de faire une halte à Bhairahawa, dans le sud du pays, à quelques kilomètres seulement de la frontière indienne. J’avais pris contact avec une ONC locale du nom de Namuna, dans l’intention de traiter pour mon film la question de la grossesse au Népal.
Lorsque je suis arrivée dans cette petite bourgade aride et froide, j’ai tout de suite été prise en charge par les responsables de Namuna.
Ils m’ont accueillie comme une invitée de marque et m’on tout de suite accordé leur soutien en ce qui concernait la réalisation de mon projet.
Grace à eu j’ai pu passer du temps à Bhoreva, un village de 500 foyers, à 10 km du centre ville, où j’ai rencontré Sita, la femme de mon portrait.

Mes rencontres :

Dinesh et Gyanu Poudial
Je ne connais pas bien l’histoire de ce couple de travailleurs humanitaire, fondateurs et responsables de Namuna, association népalaise pour les droits des femmes.
Une chose pourtant est sure, Gyanu et Dinesh forment un couple hors du commun au Népal… Respect, confiance et compréhension mutuelle émanent de leur couple engagé dans une action commune, et ce sans aucune rivalité.
Dinesh soutient sa présidente de femme comme aucun autre membre de l’association (ce qui parait normal dans une conception du monde occidental, mais qui reste extrêmement rare au Népal, où la majorité des hommes considèrent que la place de leur femme est à la maison) et se plie même à ses directives.
Quoiqu’il en soit ils m’on rapidement séduite, autant par leurs personnalités que par leur efficacité professionnelle, et nous avons rapidement développé une relation amicale.
Avant que je ne quitte Bhairahawa, ils m’ont même proposé de venir dormir chez eux plutôt que de dépenser mes sous dans un hôtel !!!

Geeta
Pour m’aider dans mon travail, Gyanu m’a confiée à Geeta, une travailleuse sociale de Namuna, 42 ans, qui ne parlait pas anglais (c’est du moins ce qu’elle m’a fait croire lors de notre première rencontre).


Comme une vrai mère poule, Geeta venait tous les matins me chercher à mon hôtel pour m’accompagner à Bhoreva, négocier les tarifs des rickshaws et m’aider sur le tournage (en refusant inlassablement de me laisser porter mon sac, en éloignant les enfants chahuteurs ou en tapant la discute avec les villageois pour m’aider à me faire oublier – pas toujours évident avec une camera !!). Bref, une vraie perle cette Geeta !! Et puis en fait, j’ai découvert qu’elle comprenait tout a fait l’anglais lorsque je parlais lentement et que j’utilisait des mots simples, et j’ai appris à mon tour à la décoder. Bien sure on n’a jamais eu de grandes conversations philosophiques, mais c’est aussi parfois bien de n’exprimer que le nécessaire et de faire une petite place au silence !!

Prabbhat
Lors de ma première visite à Bhoreva, j’ai rencontré Prabbhat, 19 ans, fils d’une famille de notables du village et le meilleur anglophone aux alentours !!
Dès le début, il a paru très intéressé par mon projet et s’est proposé de me servir de traducteur (à Bhoreva, la majorité des habitants ne parlent que le dialecte Tharu. Quelques-uns parlent népalais, mais pratiquement personne de parle anglais…).
Geeta parlait bien tharu et népalais, mais son anglais ne suffisait pas à la traduction d’une interview de Sita ; cependant j’ai préférée travailler avec 2 interprètes (Geeta et un autre employé de Namuna) plutôt qu’avec Prabbhat qui était le voisin de Sita, et qui plus est un jeune homme de 19 ans (pas foncement au fait des histoires de grossesse)…
Malgré tout, j’ai pas mal discuté avec lui et j’ai été surprise de le découvrir aussi éduqué et ouvert d’esprit, connaissant le village d’où il venait. Il a d’ailleurs prévu de partir étudier à Chypre cette année (un effort financier majeur pour sa famille) et j’espère bien qu’il viendra faire un tour à Paris !! J’adorais observer les réactions des étrangers en visite pour la première fois en occident… Ils sont probablement aussi surpris que moi depuis que j’ai commencé mon petit tour d’Asie !!

Mon film :

Il faut savoir qu’au Népal, une grossesse suivie dans un hôpital gouvernemental coute plus chère que les revenus moyens d’une famille, du coup, 80% des femmes vivant à la campagne ne peuvent pas se permettre d’accoucher, ou même d’avorter, dans des conditions décentes.
Avant la légalisation de l’avortement, en 2002, le pays connaissait l’un des taux les plus élevés de mortalité maternelle dans le monde : 1500 décès pour 100 000 naissances (contre 740 décès de femmes enceintes pour 100 000 naissances en 2006).
Les causes de ces décès relevaient pour beaucoup des conséquences d’avortements pratiqués illégalement par des moyens plus que barbares Les méthodes employées comprenaient l'ingestion orale de teintures chimiques et de médicaments à base de plantes, et l'insertion dans le col de l'utérus des substances étrangères comme du mercure, des morceaux de verre tranchants, ou des bouts de bois enduits de mélanges d'herbes ou de la bouse de vache.
Aujourd’hui les femmes n’encourent plus de peines de prison pour un avortement, mais les contraintes financières d’une grossesse, interrompue ou pas, les obligent à continuer de vivre leurs grossesses sans aucun soin légal.
Ainsi comme la plupart des femmes de Bhoreva, Sita, mère de 3 garçons, a vécu ses accouchements au village, 2 fois sur 3 sans même l’aide d’une sage femme.

A travers son portrait, j’ai pu entrevoir les conditions de vie des femmes du Népal rural…
Mariée jeune à un homme pauvre, Sita n’a pas eu accès à une éducation scolaire. Elle partage son temps entre les travaux ménagers et ceux des champs. Le terrain de son mari suffisant à peine pour nourrir leur famille, ils n’ont aucun revenu financier, si ce n’est lorsque Ram travaille à la journée pour d’autres agriculteurs. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Sita, avec l’accord de son mari et de sa belle mère, à interrompre sa 4eme grossesse. Grâce à Namuna, l’association de Gyanu, elle a pu avorter dans un dispensaire (qui fqcture bien moins chere qu’un hopital) apres avoir tout de même emprunté de l’argent à une voisine. Je suis passée dans ce dispensaire, on ne m’a pas autorisé l’acces à la salle de soins, mais on m’a tout de même expliqué la procédure : lorsqu’une femme arrive avec le désir d’avorter, elle est reçue par une conseillère qui l’interroge pendant 10 minutes sur les conditions de sa grossesse et ses revenus. Une fois réglés les frais de l’opération (1300 roupies népalaises – 13 euros – pour Sita), la femme entre en salle de soin, subie son opération, puis bénéficie de 30 minutes pour se remettre en salle de repos. Alors elle peut rentrer chez elle.
Lorsque Sita est rentrée chez elle après son avortement, et comme le veut la tradition hindoue lorsqu’une femme accouche ou lorsqu’elle a ses règles, Sita s’est retiré à l’écart. Tout ce sang faisant d’elle une impure, elle n’a pu ni manger, ni dormir avec le reste du foyer. Sa belle-mère ayant prit le relais en ce qui concernait la préparation des repas.
Quand j’ai interrogée Sita sur cette coutume, elle m’a répondu qu’elle ne la considérait pas comme une discrimination… Que pendant cette période elle était sale, et qu’elle préférait, de ce fait, rester à l’écart.
Il est vrai qu’à Bhoreva, l’hygiène n’est pas une évidence.
Là-bas, pas d’eau courante ni d’électricité. Les femmes font la vaisselle avec de la boue, et tout le monde fait ses besoins dans les champs (j’ai entendu dire que certaines femmes ne mangent pas pendant la journée pour ne pas avoir à subir la honte d’être découvertes accroupies derrière un buisson). Le village ne compte qu’une boutique et je doute qu’elle vende des serviettes hygiéniques ou même du papier toilette… Pas facile d’être une femme dans ces conditions !

Kathmandu bis


Une fois terminé mon tournage à Bhairahawa, j’ai repris un bus pour Kathmandu (un bus de luxe cette fois : 32 sièges confortables et pas d’arrêt toutes les 5 minutes !!)
Malheureusement, en arrivant sur la capitale, une manifestation populaire avait engendré un blocage des routes et j’ai du descendre du bus 10 km avant ma destination (Une seulle route permet d’entrer et de sortir de la ville). Apres 2 heures de marche j’ai pu contacter John qui a envoyé son frère me chercher à moto.
Durant ce second séjour à Kathmandu, j’ai logé dans la maison de John. Sarita recevait de la famille de Singapour et chez elle, toutes les chambres étaient occupées.
Dans cette nouvelle maison de la banlieue ouest, j’ai vécu une dizaine de jours avec John et son petit frère James, Mama (un jeune bouddhiste originaire du même village que mon hôte) et Manu, une fille dont je n’ai jamais vraiment compris les liens avec le reste des habitants de la maison qui était traitée à égalité avec les autres (comprendre que ce n’était pas une fille à tout faire dans la maison, même si la plupart du temps c’est quand même elle qui s’occupait des taches ménagères). En plus de ces habitants réguliers, la maison accueillait des gens de passage, des amis ou des habitants de Barpak, le village de la famille de John ; et durant mon séjour elle a même accueillie son propriétaire, Dane Ghale, l’oncle de John et son ancien collègue, le Major David.

Mes rencontres :


J’avais déjà croise James lorsque j’étais chez Sarita, mais j’ai vraiment commencé à le connaître en vivant avec lui. Il est tout l’opposé de son frère ainé… A 19 ans, il est déjà ancien toxicomane (l’héroïne, appelée « brown sugar », semble faire de vrais ravages au Népal). Blagueur et glandeur, il cherche encore sa voie, et tente, tant bien que mal, de suivre les conseils avisés (et surtout inspirés !!) de John.

Uncles
Dane Ghale s’est engagé dans l’armée britannique dans le régiment gurka, tout comme son père et son grand-père l’avait fait avant lui. Lorsqu’il a pris sa retraite de l’armée, après plus de 15 ans de service, il a obtenu le droit de s’installer en Grande Bretagne avec sa famille. Il vit depuis dans la banlieue de Londres en attendant de pouvoir revenir s’installer définitivement, lorsque ses filles pourront s’assumer, dans son village natal.
Il possède quelques propriétés à Kathmandu et à Barpak et vient presque tous les ans se ressourcer au Népal.
Cette fois, il avait amené avec lui son ancien « sahib », le major David, lui aussi militaire de père en fils depuis des générations, et recyclé depuis sa retraite de l’armée dans l’ingénierie civile. Tous les deux avaient le projet d’étudier la construction éventuelle d’une route jusqu’à Barpak (accessible aujourd’hui au prix d’une journée de marche).
J’avais hâte de rencontrer le major. Je savais par John qu’il était né dans le Penjab indien avant l’Independence, et je voulais savoir ce qu’il se rappelait de cette période incroyable de l’histoire de l’Inde…
Du coup j’ai été bien déçue quand je l’ai rencontré, de trouver en lui un vieux colonialiste, raciste, hautain et qui plus est, psychorigide et radoteur (je n’imaginais pas ce que pouvait être un militaire de carrière et de famille, qui plus est britannique !!)
Pour exemple, il appelait les népalais (et même ses hôtes) « ces gens là.. » et trouvait anormal qu’à mon âge je sois là à courir le monde plutôt que d’être mariée avec 3 enfants (il a même sous-entendu que j’étais déjà presque trop vieille pour en avoir !!)
Autant vous dire que la conversation avec lui était un vrai calvaire et que je faisais tout pour l’éviter!!!

Quoiqu’il en soit, ces quelques jours à Kathmandu sont passés très vite, j’en ai profité pour m’occuper de mon visa indien et tourner mes dernières images du Népal. J’ai fini par prendre un bus direct pour New Delhi (46 heures, mon plus long trajet de bus !).


Je garde du Népal un souvenir très attachant… Bien sure je regrette, dans ce pays de montagnes, de n’avoir même pas approché l’Himalaya ; mais mon itinéraire dans les plaines du Terai m’a permit de sortir des sentiers touristiques et de découvrir un tout autre Népal que ce à quoi je m’attendais.
Dans la globalité, j’ai trouvé que les népalais était des gens honnêtes et tolérants. Par contre j’ai été choquée par le fait que tout le monde, quelque soit la classe sociale, souhaite quitter le pays pour émigrer à l’étranger. La situation politique instable (le Népal n’est une république démocratique que depuis 6 mois) du pays, la corruption (je me suis fait arrêter à moto avec James qui conduisait sans permis, 200 roupies ont suffi pour calmer le policier zélé) et la pauvreté semblent être venues à bout même des esprits les plus citoyens…

dimanche 2 novembre 2008

De retour en chine, sur mes propres traces… et celles des autres

Le “welcome back”

On prend les mêmes et on recommence : comme l’hiver dernier, mon blog ne m’était pas accessible durant ces 2 derniers mois. L’œil de Pékin veille toujours et la censure perdure sur le net chinois (comme sur tous les autres réseaux de communication d’ailleurs !!).
Donc c’est depuis le Népal, où je suis arrivée hier, que je rédige ce post.
Cependant pour une meilleure compréhension du lecteur, je vais tout reprendre dans l’ordre chronologique.

Attention !! Ménagez vos mirettes et mettez vos lunettes : 8 semaines de crapahutage en Chine, ça fait pas mal de pages (et en l’occurrence me promet de belles courbatures aux mains..). Alors vous êtes prêts ? C’est parti….

J’ai quitté Bangkok le 19 Aout sur un vol d’Air Asia, direction Shenzhen, dans la région chinoise du Guandong.
Air Asia, c’est la compagnie low cost Thai, bien connue en Asie du Sud Est pour sa fiabilité et ses tarifs défiants toute concurrence (exemple : Bangkok / Shenzhen en aller simple, 36 euros TTC !!). Alors tout ça c’est très bien, j’étais contente de mon organisation… Sauf qu’au moment d’embarquer, j’ai du payer 25 euros de surpoids, une vrai fortune (eh oui… ils n’autorisent que 15kg de bagages en soute et 5 kilos en cabine) et pour couronner le tout, 20 euros de dépassement de séjour autorisé.
Qui a dit que les français pouvaient passer 30 jours en Thaïlande sans avoir besoin de visa ? Tout le monde !! Et bien sachez-le, le séjour sans visa c’est 28 jours !! Au-delà, l’amende est de 10 euros par jour (alors que le visa de 30 jours pour les non européens coute 20 euros !!)

Enfin bref, c’est bel et bien ruinée que je suis arrivée en Chine…
Ah, j’ai faillit oublier, je n’étais pas seule… Marjolaine, une française qui m’avait hébergé à Phnom Penh 2 mois plus tôt, m’avait rejoint à Bangkok dans le but de m’accompagner pendant une 10aine de jours sur les traces des moso.

Nous voilà donc toutes les deux arrivées à Shenzhen au beau milieu de la nuit. On avait réservé une chambre dans une auberge de jeunesse, et on a sombré dans un sommeil profond à peine installées. Le lendemain la course de fond a démarrée : il nous fallait quitter Shenzhen au plus vite pour Kunming, avant de rejoindre Lijiang et enfin le lac Lugu, où je devais impérativement être au plus tard le 23 pour un tournage le 25 aout.
Sachant qu’il y a plusieurs milliers de kilomètres entre notre point de départ et notre destination, on était quand même un peu dans l’urgence…

On a donc pris un vol Shenzhen / Kunming le jour même. Arrivées à Kunming vers 18h, on a enchainé sur un bus de nuit pour Lijiang. On est arrivé tôt le matin et on a repris un bus pour Lugu Hu (7 heures de trajets qui m’on semblées interminables..).
On était à Lige le 21 au soir, sur les rotules, mais avec suffisamment de temps devant nous pour se reposer avant la grande cérémonie annuelle de la communauté moso. Parfait !! Cette fois au moins mon organisation était au point !!

Je dois préciser ici, que si j’ai intitulé ce chapitre le “welcome back”, c’est parce que ces 3 premiers jours en Chine n’ont pas été de tout repos : en plus de la fatigue accumulée du voyage express entre Bangkok et Lugu Hu, on a du faire face, Marjolaine et moi (enfin surtout moi) à quelques désagréments…

Tout d’abord, lorsqu’on a pris le bus pour quitter l’aéroport de Shenzhen, la receveuse et les passagers à qui on avait demandé notre chemin ne s’accordaient pas quant à l’arrêt auquel on devait descendre. On a choisit de faire confiance à la receveuse, et on a eu tord.. Du coup on a du prendre un taxi depuis l’arrêt de bus auquel on est descendues pour rejoindre l’hôtel, et le pauvre chauffeur a mis 2 heures pour trouver l’adresse. J’ai vraiment cru qu’on n’y arriverait jamais. Ce n’était pas bien grave, mais du coup le lendemain on a pris un taxi pour retourner à l’aéroport !!

Arrivées à Kunming, on a encore pris un taxi pour rejoindre la gare routière depuis l’aéroport. En sortant du véhicule, j’ai bousculé (et encore, c’est là un bien grand mot, le terme correcte serait plutôt « frôlé ») par mégarde un type qui voulait passer avec une moto hyper chargée entre le taxi stationné et le trottoir. Le type à basculé avec sa mobylette du fait du poids de sa charge et s’est retrouvé étalé par terre. Il s’est relevé, a ramassé un bout de plastique qui avait sauté de son guidon, m’a montré son bas de pantalon couvert de poussière et a commencé à hurler !! Il m’a agrippé le bras et a décidé de ne plus me lâcher…
Un attroupement a commencé à se former alors que Marjolaine déchargeait le coffre avec le chauffeur du taxi. J’ai pris le petit bout de plastique des mains du type pour le remettre en place (il était juste déboité) mais il l’a sorti de son emplacement, en hurlant encore plus fort et en me montrant du doigt son pantalon poussiéreux.
Autour, tout le monde se marrait, même le chauffeur. Marjolaine n’en menait pas large et je dois dire que moi non plus. Le type me tenait toujours par le bras, m’empêchant de me dégager et par-dessus le marché, me postillonnait dessus.
Au bout de 10 bonnes minutes de ce cinéma, voyant que l’affaire n’allait pas évoluer, j’ai envoyé Marjolaine chercher un flic, ou quelqu’un qui puisse démêler la situation.
Entre temps le chauffeur du taxi se préparait à quitter les lieux. Me voyant ainsi abandonnée au milieu d’une foule inhospitalière (et ce n’est rien de le dire !!) et ne comprenant pas un traitre mot de ce qui se disait autour de moi, il a finalement eu un sursaut d’humanité, peut-être une once de pitié (ce dont je croyais sincèrement les chinois dépourvus..) et il est ressortit de son taxi. Il est venu vers nous (ma sangsue enragée et moi). Il a sortit un billet de 10 yuans de son portefeuille, me faisant comprendre que c’était ma seule issue. J’ai finalement pu acheter ma liberté pour un euro (de quoi payer son pressing à ma soi-disant victime). A la vue du billet, le type a enfin arrêté de hurler contre mes tympans et m’a lâché le bras. La foule avait un petit air déçu. J’ai retrouvé Marjolaine. Fin de l’histoire.

Dans le bus de nuit qui nous a menées de Kunming à Lijiang, là non plus, on n’a pas eu de chance. Notre chauffeur était littéralement fou : pendant toute la nuit, il nous a hurlé dessus, Marjolaine et moi. Voyant qu’on ne comprenait rien de ce qu’il essayait de nous dire, il pensait peut être qu’en le disant plus fort, la communication passerait mieux… C’en était au point qu’à chaque fois qu’il s’arrêtait pour la pause pipi, on avait beau dormir profondément, il ressentait le besoin de venir nous crier dans les oreilles qu’il était arrêté. Sans mentir, la première fois, j’ai cru qu’on avait eu un accident ou un truc du genre… Ça a duré tout le trajet…

Enfin, last but not least de la liste des mauvaises surprises de ces 3 premiers jours au pays du soleil levant, lorsque nous somme arrivées à Lugu Hu, j’ai découvert que mes 2 meilleurs amis dans la région, Naji et A-Shin, n’étaient pas à Lige et ne rentreraient pas avant un bout de temps. Je sais bien que j’étais venu pour bosser, mais le fait de les revoir après 6 mois d’absence faisait partie du plaisir…


Lugu Hu


Un couple de français que j’avais rencontré à Lige l’hiver précédant m’avait dit qu’en voyage, il ne fallait jamais revenir sur ses pas, que c’était toujours décevant.
J’ai commencé par croire qu’ils avaient raison. Heureusement la suite du séjour m’a permit de revenir sur cette idée. C’est vrai qu’en revenant sur un lieu qu’on a déjà connu en voyage, il ne faut pas s’attendre à revivre la même expérience. Même dans un petit village comme celui-ci et à seulement 6 mois de différence, les choses changent.
En une demi-année, Lige s’est transformé : deux fois plus de bâtiments (en grande majorité de nouvelles infrastructures pour accueillir les touristes), des nouvelles têtes (eux aussi arrivés pour accueillir les touristes), une autre ambiance…

En plus, du fait de l’absence de Naji, je n’ai pas osé m’installer chez sa mère. Du coup j’ai passé tout mon séjour dans une auberge de jeunesse. D’abord avec Marjolaine, et puis une semaine plus tard, lorsqu’elle est repartie pour Phnom Penh, toute seule ; ce qui en réalité n’a pas été tout à fait pour me déplaire. Après tout ce temps passé en couchsurfing, j’étais contente de retrouver un peu d’intimité.

Mes rencontres

Du fait de l’absence de Naji et A-Shin, mon emploi du temps s’est trouvé beaucoup moins chargé que lors de mon dernier passage… J’ai pu faire des siestes, regarder des films sur mon ordi, bouquiner et glander tranquillement. J’ai quand même été faire un tour dans les villages alentours : Laoshui, Xiao Laoshui, Yongning et Baiju. C’était calme, rien à voir avec la beuverie continuelle de l’hiver passé, c’était sympa. Je crois que Marjolaine a apprécié ses quelques jours de vacances malgré la météo (pendant son séjour et même après, il a plu presque tous les jours).

Elle a sympathisé avec Erche Lamu, la fille qui m’avait invité à un anniversaire l’hiver précédent (le fameux anniversaire moso, dont vous vous souvenez peut-être du fait de la bagarre qui avait suivi – sinon, reportez-vous au post concernant mon premier séjour en Chine - je précise que depuis, Erche a changé de petit ami !!).

Quant à moi j’ai eu le plaisir de me rendre compte que personne au village ne m’avait oublié… Malheureusement le fait de ne plus avoir d’interprète à considérablement limité les échanges !! Mais du coup je me suis remise, un peu forcée, au mandarin, et j’ai bien plus progressé ces dernières semaines que durant les 3 mois qu’avait duré mon premier séjour !!

J’ai quand même revu Siobhan et son mari Peter, les anthropologues américains que j’avais rencontré à Laoshui 6 mois plus tôt. J’ai passé pas mal de temps avec eux, au programme : barbecue, ballades et interviews (cette fois c’est Siobhan, qui parle couramment chinois, qui m’a servie d’interprète…). Je les ai trouvé bien moins enthousiastes au sujet des moso que lors de notre première rencontre… Probablement que 9 mois passés à partager la vie des populations du lac, dans différents villages, ça fait beaucoup...

Mes coups durs

Rien de particulier à raconter dans cette rubrique, si ce n’est un gros rhume avec forte fièvre qui m’a inquiété plus que de mesure, étant donné qu’il est survenu exactement 2 semaines après mon passage à Pai, dans le nord de la Thaïlande, où je m’étais fait dévoré par les moustiques alors que le palu. sévit sévèrement dans la région et qu’on m’avait justement prévenu que le temps d’incubation de la maladie était d’environ 2 semaines… Bref, des frayeurs inutiles, et des heures passées sur le net à chercher le descriptif des symptômes de la malaria (et leurs conséquences, d’où les grosses frayeurs !!).

Mon film


Concernant mon tournage, j’avoue que j’ai été un peu déçue. Le festival du tour de la montagne, que j’attendais depuis 6 mois s’est révélé être bien moins authentique que ce à quoi je m’attendais. Censé être la réunion annuelle des 40 000 moso du Lac Hugu, cette fête relève bien plus en réalité d’un pic-nic géant que d’une cérémonie religieuse.


Et peut-être que cette année, la pluie a découragé les moins motivés, mais il y avait bien loin de 40 000 personnes présentes. Quelques milliers tout au plus, dont pas mal de touristes !! Enfin bref, c’est toujours bon à prendre pour mon film sur les moso… et puis le bon côté de cette fête, c’est qu’on y a été, Marjolaine et moi, avec la mère de Naji et sa famille. On a ensuite enchainé sur une soirée chez le frère de Naji (qui vit dans la famille de sa compagne, dans un autre village). Une bonne immersion en pays moso !!


Xichang



J’ai quitté le lac un lundi après-midi, après avoir attendue un bus sur le bord du chemin pendant 3 bonnes heures. Contrairement aux fois précédentes, j’ai emprunté la route qui part vers le Sichuan, plutôt que celle qui mène à Lijiang, dans le Yunnan. Une trajectoire beaucoup moins fréquentée (j’ai vite compris pourquoi quand j’ai vu l’état de la chaussée !) et néanmoins très pratique pour rejoindre le nord du pays.
Si les 8 heures de trajet n’ont pas été des plus confortables, je dois admettre que je ne regrette en rien d’avoir choisit cette voie. Car c’est dans ce bus que j’ai pu assister à l’un des évènements les plus surprenants de mon séjour en Chine (voire même de mon existence !).
Apres avoir apprécié à sa juste valeur (pour les autres) le décapsuleur dentaire, que je pense avoir déjà évoqué sur ce blog (technique qui consiste à décapsuler une bouteille de bière avec les dents), je suis fière d’attester que j’ai été témoin (et que je suis toujours en vie) d’un changement de chauffeur dans un bus lancé à pleine vitesse sur une route de montagne. Je n’ai aucune idée de la raison qui a poussé les 2 chauffeurs à se relayer sans prendre le temps de s’arrêter sur le bord de la route… Peut-être le retard accumulé, ou peut-être une occasion de faire monter l’adrénaline des passagers à moitié endormis…
Quoi qu’il en soit je me permets de reprendre tout en corrigeant quelque peu la célèbre réplique du César de René Goscinny : « Ils sont fous ces chinois !! ».

Contre toute attente, je suis arrivée à Xichang, petite ville du Sichuan vers 21h00, avec l’intention de prendre un train pour Chengdu le soir même. J’avais consulté les horaires des trains et c’était parfaitement jouable. Seulement arrivée au guichet, je me suis fait rembarrer par la dame en uniforme. J’ai mis un certain temps à comprendre que ce n’était pas à cause de mon accent (!!!) mais qu’en réalité tous les départs prévus pour la nuit avaient été annulés.
J’ai donc passé une nuit à Xichang. Et aussi toute une journée, vu que le premier train pour Chengdu ne partait pas avant le soir.
Pas vraiment intéressant et plutôt fatiguant de trainer toute la journée en ville avec mes bagages (à 9h00 du matin le responsable de l’hôtel frappait à ma porte pour me faire dégager de la chambre..). Alors je me suis baladée et j’ai pris des photos pendant quelques heures, et puis j’ai lu dans un parc jusqu’à ce que je me fasse tremper par les arroseurs automatiques, et puis j’ai attendu, attendu, attendu…

Mes rencontres

Je suis restée à Xichang à pleine plus de 24h… Et pourtant j’y ai fait des rencontres surprenantes…


En me promenant dans les rues pour faire passer le temps en attendant le départ de mon train, je suis tombée sur le quartier des jeux d’argents. Sur des centaines de mètres, le long du canal, des petites échoppes brinquebalantes, supposées maisons de thé, réunissaient les joueurs (hommes comme femmes, et de tous les âges), autour de parties de majong, de cartes, et bien d’autres jeux dont je n’avais jusque là soupçonné l’existence. Des dizaines d’échoppes, des milliers de joueurs et probablement bien plus de billets passaient de mains en mains dans cette rue.
Il faut savoir que les jeux d’argent et les paris sont interdit en Chine depuis bien longtemps… Et pourtant je n’ai vu nulle part ailleurs un tel attrait des populations, toutes classes sociales confondues, pour les jeux de toutes sortes, à condition qu’on puisse y gagner (et y perdre !!) de l’argent.

Alors que je m’étais posée à l’ombre des hauts murs d’une usine désaffectée pour bouquiner, attendant toujours le départ de ce foutu train, je me suis fait accoster par une bande de gamins touts juste sortis de l’école. Au début ils étaient peu nombreux, peut-être 5 ou 6 et se sont arrêté à une dizaine de mètres pour m’observer, jusqu’à ce que l’un d’eux ait le courage de venir m’accoster par un petit « hello, good morning » timide mais vaillant. Chacun leur tour ils sont ensuite venu me montrer qu’ils connaissaient deux mots d’anglais. Et puis d’autres enfants sont arrivés, et puis d’autres, et encore plus.
Au bout d’un moment, c’est toute l’école qui m’entourait, chacun voulant que je lui adresse la parole et que je note un petit mot en anglais sur son cahier. C’était comme d’être une star de cinéma signant des autographes. Les gamins surexcités se hurlaient dessus et se bousculaient autour de moi, ne me laissant pas une seconde de répit.
J’en ai vite eu ras-le-bol mais mes petits fans ne voulaient plus me lâcher…
J’ai du finalement leur faire croire que je devais aller prendre le train et m’engouffrer dans la gare pour qu’ils se décident à rentrer chez eux. Une fois le terrain libre, je suis ressortie de la gare dans l’intention d’aller manger un bout dans un petit resto aux alentour. Seulement je ne savais pas que certains des gamins que j’avais rencontrés plus tôt trainaient encore dans le coin… Heureusement cette fois ils étaient moins nombreux, et la patronne du resto les a empêcher de m’embêter pendant que je mangeais. Ils ont donc gardé leurs distances, jusqu’à ce que j’aie fini mon assiette !!! Ensuite ils sont revenu avec chacun un petit cadeau à mon intention (un mini carnet, un cahier ou encore un stylo..). J’avoue que j’ai bien regretté de n’avoir rien à leur donner en retour…

Mes coups durs

En plus de l’histoire du départ de train annulé, j’ai rencontré quelques soucis à trouver un hôtel. Non qu’il n’y ait pas eu dans le coin, au contraire… Il y en avait 4 ou 5 !!!
Mais du fait de l’annulation de tous les trains prévus pour la nuit, les passagers pris de cours se sont rués sur les chambres des hôtels alentours. Moi y compris ; seulement tous les hôtels affichaient complet, sauf un… et manque de bol pour moi, dans celui-là, le gérant refusait de prendre des étrangers.
En effet depuis les Jeux Olympiques, les hôteliers ont pour obligation de faire remplir à leurs clients étrangers un formulaire spécial, à déposer au poste de police le plus proche.
Le gérant de cet hôtel ayant probablement la flemme de faire ces démarches (et sachant que de toutes façons son hôtel afficherait complet ce soir là, avec, ou sans moi), refusait tout simplement de me donner une chambre !!!
Je me voyais déjà passer la nuit dans la salle d’attente de la gare lorsque mes sauveurs sont arrivés… Un couple de jeune gens qui parlaient un tout petit peu anglais et qui, comprenant mon dilemme, ont proposé au gérant de l’hôtel de me donner un chambre enregistrée à leur nom (ce qui évitait au monsieur paresseux d’avoir à déclarer ma présence au poste de police). Il a finit pas accepter ; et j’ai pu finir la nuit dans un lit.

Chengdu


Je suis arrivée à Chengdu après une nuit de train (ma première en Chine !!!) plutôt reposante. J’avais réservé une couchette « hard sleeper », très confortable malgré la petite hauteur sous plafond.


A peine arrivée dans la capitale du Sichuan, j’ai été accueillie par un américain du nom de Walter. Il m’a gentiment offert sa chambre d’amis, un bouquin de Dostoïevski (j’étais alors gravement en rade de lecture) et une carte de la ville.

Un bon prétexte pour aller me balader dans cette petite ville de seulement 2 millions d’habitants (quasiment rien à l’échelle chinoise !!!). Et c’est peut-être parce que je logeais à 2 pas de l’université, mais j’ai beaucoup apprécié l’ambiance détendue de la ville, et le dynamisme de ses habitants.
J’ai eu l’impression de traverser une citée à la fois moderne et authentique. Apparemment je ne suis pas la seule à l’avoir appréciée puisque Chengdu a été récemment classée 4ème ville chinoise la plus agréable à vivre par le China Daily.

J’ai profité de la petite semaine que j’y ai passé pour aller rencontrer les derniers pandas géants (espèce endémique et en voie de disparition) de la planète.


Mes rencontres

Alors tout d’abord, j’ai rencontré Walter.
Gentil, serviable et discret. Evidemment (comme les ¾ des étrangers expatriés en Chine) il est prof d’anglais. Mais son originalité réside dans le fait qu’il s’est beaucoup investit dans l’action humanitaire, en particulier après le tremblement de terre du 12 mai 2008 qui a fait 70 000 morts et près de 400 000 blessés, sans parler du nombre de sinistrés…
Tous les week-ends depuis le mois de juillet, il part avec d’autres volontaires à Beichuan (l’épicentre du séisme, où tout a été systématiquement détruit) et aide à déblayer, nettoyer, reconstruire… Et le plus étonnant dans tout ça, c’est qu’il est obligé de se faire passer pour un chinois (heureusement il est à moitié japonais et parle parfaitement le mandarin) puisque les étrangers ne sont pas autorisés sur cette zone sinistrée ou parait-il, des ogives nucléaires fabriquées dans des laboratoires atomiques secrets sont encore ensevelies sous les décombres…

Quoi qu’il en soit, j’ai bien accroché avec Walter qui m’a fait suffisamment confiance pour me laisser son appart pendant 3 jours alors qu’il était à Beichuan, mais aussi pour me présenter ses amis…

Parmi eux, celle avec qui je me suis vraiment bien entendue : Xiaoyu !!
Une fille hors du commun, issue d’une vieille famille de Chengdu, étudiante en dernière année de droit et propriétaire d’une boutique de fringues à la mode.
Un niveau de vie largement au dessus de la moyenne, des amis à la fois chinois et étrangers, une bonne culture cinématographique et musicale, une pêche d’enfer et une grande ouverture d’esprit : bref, une nana bien cool !!!


Avec elle j’ai découvert la ville de nuit.
Plusieurs fois nous avons fait ensemble la tournée des grands ducs, passant d’un bar à un autre pour finir dans des boites de nuit électro plus déjantées les unes que les autres…
J’ai d’ailleurs trouvé la vie nocturne de Chengdu plus grouillante et diversifiée que celle des grandes villes chinoises…

Lors d’une de ces folles soirées, j’ai sympathisé avec Harry, un ami de Walter.
22 ans, né à Chengdu et n’ayant pratiquement jamais quitté le Sichuan, Harry m’a beaucoup étonné, d’abord par la qualité de son anglais : Un accent irréprochable, un vocabulaire largement supérieur au mien, une connaissance du système politique et de l’actualité américaine bien au-delà du commun des mortel (et je crois même, au-delà du commun des américains…) et tout ça sans avoir fait d’études supérieures !!
J’ai appris plus tard qu’Harry était fan des shows politiques télévisés américains que Walter lui refilait en masse après les avoir téléchargé… Mais tout de même !!!

Et puis à Chengdu j’ai rencontré encore beaucoup d’autres personnes sympas ; des expat. néerlandais, irlandais, australiens et des couchsurfeurs des 4 coins du monde :
- Robbie, le canadien écolo
- Marco, le designer portugais qui m’a proposé une collaboration
- Nick, le journaliste anglais qui venait tout juste d’écrire un article sur les lesbiennes en Inde et qui m’a filé plein de contacts
- Lisa, l’islandaise dont je ne connais pas la profession mais qui était bien embêtée par la banqueroute de sa banque !!!

Mes coups durs

J’ai vraiment passé de bons moments à Chengdu si ce n’est ce qui concerne mes différentes tentatives de renouvellement de visa...
N’ayant obtenu qu’une autorisation de 30 jours à Bangkok, je me suis d’abord adressée au PSB (Public Security Bureau) de Chengdu, qui me demandait, en dehors des formalités habituelles, la preuve que je disposait de 3000 dollars sur mon compte en banque et un formulaire signé par le poste de police, stipulant que j’étais hébergée chez un résidant chinois.
Walter m’a donné un coup de main en usurpant l’identité de son propriétaire pour remplir le formulaire et je ne compte pas le nombre d’aller-retour que j’ai du effectuer entre son appartement et le poste de police du quartier.

Finalement, les délais de délivrance du visa étant de 5 jours ouvrables (une semaine en fait !!) j’ai décidé sur les conseils de mon hôte d’aller faire une demande à Leshan, à 3 heures de route de Chengdu. Seulement lorsque je suis arrivée au PSB de là bas, l’officier en charge m’a gentiment mais fermement éconduite, sous prétexte qu’il me restait encore 10 jours de validité sur mon premier visa (alors qu’à Chengdu ça ne posait pas de problème)…

Du coup j’ai décidée de laisser tomber, de rentrer à Chengdu et de retenter ma chance lors de mon séjour à Xining.


Xining


Capitale du Qinghai, Xining est selon moi une ville d’intérêt moyen. Je ne m’y suis arrêtée que pour faire renouveler mon visa, ce qu’heureusement, cette fois, je suis parvenue à faire, et ce, en seulement 2 jours…
Le principal (si ce n’est le seul..) attrait de Xining réside en fait dans la composition de sa population : environ 37 groupes ethniques se mêlent ici, dont une majorité (évidemment !) des Han, mais aussi des Hui (musulmans) et de tibétains (bouddhistes).
Et se balader d’un quartier à un autre de la ville donne l’impression de voyager au-delà des frontières chinoises (d’une rue à l’autre, les phénotypes et les langages sont différents, comme les vêtements portés par les gens, et les spécialités culinaires mises en avant sur les marchés).

J’ai profité de l’attente de mon visa pour sortir de la ville et aller visiter le monastère bouddhiste de Ta’er Si, édifié en 1560 sur le site de naissance de Tsongkhapa, le fondateur de la secte des bonnets jaunes (immensément majoritaire actuellement parmi les différents courants bouddhistes tibétains et dont est issu l’actuel Dalaï-lama).
Le site est impressionnant par sa taille et son organisation mais j’ai trouvé les moines bien moins sympathiques que ceux que j’avais pu fréquenter à Dharamsala (ville du nord de l’Inde, dans l’Himachal Pradesh, où sont réfugiés le gouvernement tibétain en exil ainsi que le 14ème Dalaï-lama et quelques 10aines de milliers de tibétains).


De retour à Xining j’ai aussi visité la mosquée de Dongguan, l’une des plus grandes du nord de la Chine.

Xinjiang

J’ai quitté Xining en bus pour Lanzhou, où j’ai embarqué dans un train direction Urumqi, dans la région du Xinjiang. Vingt-et-une heures de trajet le long de la route de la soie à travers le désert du Taklamakan….



L’occasion d’admirer des paysages fabuleux, vraiment surprenants par leur diversité !!!



Je pense qu’il est temps pour moi de faire une petite parenthèse au récit pour vous introduire le Xinjiang, cette région que je rêvais tant de découvrir depuis que j’en avais aperçu des photos lors de mon premier séjour en Chine…

Allez c’est parti ; petite leçon de culture G :

Situé dans le nord-ouest de la Chine, le Xinjiang (aussi appelé Turkestan chinois) s'étend sur 1,66 million de km² (1/6ème de la superficie totale du pays !). Doté d’une frontière de 5 600 km, le Xinjiang côtoie la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Pakistan, la Mongolie, l'Inde et l'Afghanistan.
Sur le plan historique, le Xinjiang était une étape importante de la célèbre « route de la soie » (IIème siècle av JC jusqu’au XVème siècle) : ce réseau de routes commerciales entre l'Orient à l'Occident, allant de Chang'an (actuelle Xi'an) en Chine, jusqu’à Antioche, en Syrie médiévale ; et qui doit son nom à la plus précieuse marchandise qui y transitait : la soie, dont seuls les Chinois connaissaient le secret de fabrication.

Les convois de caravanes partaient de Xi'an, Lanzhou ou Xining et empruntaient le corridor du Gansu puis contournaient par le nord ou le sud le désert du Taklamakan, l'un des plus arides du monde.
À partir de Kachgar et Yarkand, les pistes rejoignaient la Perse ou l'Inde à travers les hautes montagnes de l'Asie centrale (Pamir, Hindū-Kūsh et Karakoram), puis par la Sogdiane (Samarcande, Boukhara, Merv), la Bactriane (Balkh) ou le Cachemire (Srinagar). En fait, très rares étaient ceux qui parcoururent l'intégralité du trajet ; mais Marco Polo, son père et son oncle furent de ceux-ci….


L’histoire a donc fait de cette région un véritable carrefour économique et commercial, mais aussi culturel ; et aujourd’hui, du point de vue démographique, outre les Han, le Xinjiang compte officiellement une vingtaine de groupes ethniques différents.

La région arrive donc en deuxième position, juste derrière le Yunnan en termes de nationalités reconnues par l’Etat chinois. Cependant, certains de ces groupes sont numériquement très faibles, et représentent à peine quelques dizaines de milliers voire quelques milliers de personnes comme les Tadjiks, les Xibes, les Mandchous, les Ouzbeks, les Russes, les Daurs ou les Tatars.

Les populations " allogènes " principales du Xinjiang sont en fait les Ouïgours - qui représentaient en 1990 environ 47,50% de la population totale de la région autonome et se trouvent localisés principalement dans le bassin du Tarim et dans la région de Kuldja - et les Kazakhs (7,30% de la population en 1990), groupés dans les vallées de l’Altaï et de l’Ili en Djoungarie.

Ainsi la langue largement parlée dans le Xinjiang est très proche du turque. Il est d’ailleurs assez surprenant de constater que beaucoup de gens, surtout parmi les personnes âgées ne parlent pas le mandarin…

Enfin bon, revenons à nos moutons…



Je suis arrivée à Urumqi un après-midi du mois septembre et j’ai filé vers une auberge de jeunesse où j’ai pu me poser et me reposer en attendant de retrouver ma copine Naji (celle qui m’avait aidée à traduire mes interviews moso au lac Hugu 6 mois auparavant et qui entre-temps a quitté le Yunnan et s’est installée à Urumqi).
Le lendemain, je reprenais donc mes bagages pour m’installer dans l’appartement qu’elle partageait déjà avec sa colocataire.
Alors que je prévoyais de ne passer que 2 ou 3 jours à Urumqi, je me suis laisser convaincre par Naji de profiter de mes vacances pour découvrir la ville avec elle.
Depuis 3 mois qu’elle y vivait, elle n’avait pas eu vraiment le temps de trainer et de visiter. Pendant une semaine, on a donc fait les touristes…
On s’est fait beaucoup de très bons restaurants, on s’est baladé le long des marchés, on a fait le tour des parcs et des cafés ; on est même parti visiter le lac Tian Chi, à une centaine de kilomètres de là…


L’endroit s’est révélé hyper touristique et pas vraiment impressionnant (surtout pour nous qui connaissions le Lugu Hu, de loin plus surprenant par la beauté de ses eaux, comme de ses rives). Cela-dit, on est tombé sur des couples de jeunes mariés qui venaient se faire prendre en photo devant le lac, à tour de rôle, accompagnés de photographes, maquilleurs et tout le tralala, les femmes portant des basquets pour marcher sur les rochers et des robes de mariées hyper décolletées alors qu’il faisait dans les 10 degrés… J’avoue qu’on a bien rigolé !!




A Urumqi, on s’est fait des journées « beauté-santé », Naji y tenait beaucoup !
C’est que je devais avoir un air pas terrible en arrivant…
On a passé une journée entière à se faire désencrasser, masser, et pomponner dans une sorte de spa géant dont le programme consistait tout d’abord à prendre une douche dans une salle commune où l’on se faisait aussi gommer le corps et masser (des 10aines de femmes à poil trimbalaient leurs carcasses de gauche à droite dans cette immense pièce décorée de fontaines, de bassins et de jets d’eau, c’était assez surréaliste je dois dire…)
Ensuite on s’habillait d’un pyjama rose et de pantoufles pour aller déjeuner autour d’un grand buffet (auquel tout le monde était en pyjama) avant d’aller faire de l’internet, des jeux vidéo, d’aller regarder un film, faire un billard ou une sieste sur un canapé, toujours en pyjama !! J’ai trouvé le concept très chinois…



Au bout d’une semaine, j’ai abandonné Naji pour repartir à la découverte du Xinjiang.
J’ai pris un bus en direction du sud jusqu`à Khotan, une petite ville-oasis perdue au milieu du désert, et peuplée par plus de Ouïgours que de Han…
Un vrai dépaysement !!



Je me suis régalée de spécialités culinaires Ouïgoures (yaourts frais, galettes au sésame ou à l’oignon, petits pains divers et variés, brochettes d’agneau, salades de pates froides, etc, etc…) le paradis !!!!!




J’ai continué à faire la touriste en visitant une fabrique artisanale de soie de l’atlas (très réputée apparemment..) et surtout en allant me perdre le long de la rivière de Jade de Khotan, qui n’est alimentée que par la fonte des neiges au début de l’été et reste complètement sèche en hiver. Bien connue en Chine pour la richesse de son lit, elle attire les chercheurs de jade de toute la région et se révèle un vrai trésor photographique !!!


De Khotan je suis remonté vers Kashgar, à l'ouest du désert du Taklamakan et au pied des montagnes du Tian Shan.
Dernier rempart chinois avant le Pakistan et le Kirghizistan, Kashgar (en comparaison d’Urumqi) a su garder une identité ouïgoure fortement marquée ; cependant le gouvernement chinois modernise actuellement la ville et la cité ouïgoure est systématiquement détruite et remplacée par une architecture moderne. C’est bien dommage…



Kashgar est réputée dans la région pour son marché du dimanche, qui est connu pour être le plus gros marché d'Asie centrale, et où sont sensé se presser des commerçants de tous les pays alentours (Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan, Afghanistan, Pakistan et Inde).


J’ai donc été un peu déçue de constater qu’en réalité, ce marché, bien qu’assez imposant, n’attirait en fait que les habitants du Xinjiang, et n’arrivait pas à la cheville du marché de Bac Ha, dans le nord du Vietnam.

Le lundi qui a suivi le marché, je suis partie pour Korla, une ville industrielle, où je ne me suis arrêté que parce que mon guide (« emprunté » dans la bibliothèque d’une guest house de Siam Riep), datant de 2004, affirmait qu’il n’y avait pas de gare ferroviaire à Turpan (où je voulais me rendre). En réalité, depuis la parution du bouquin, une gare avait bel et bien été construite…
Quoi qu’il en soit, je n’ai rien trouvé à Korla qui vaille la peine de s’y arrêter (si ce n’est l’hôtel dans lequel j’ai passé 2 nuits, mais ça je vous en parlerai plus bas).

Donc finalement, après 2 jours de glandouille, j’ai repris le train pour Turpan, à 150 km d’Urumqi. J’y ai rencontré deux filles que le destin tenait absolument à placer sur ma route (là aussi c’est pour plus tard). On a pris une chambre d’hôtel à 3 pour économiser nos sous et visité ensemble la ville abandonnée de Jiaohe, construite pour être la capitale du royaume de Cheshi en 108 av JC, et abandonnée 13 siècles plus tard lors de l’invasion moghole menée par Genghis Khan.
En bref, une citée en ruine, bâtie à même le sable et en plein désert.


Et puis je suis repartie pour Urumqi, où Naji m’attendait avec impatience…
Ayant épuisé son quota de congés, elle n’a, cette fois, pas pu passer beaucoup de temps avec moi. Donc je ne me suis pas éternisée. Et puis mon visa arrivait à son terme et j’avais encore beaucoup de route à faire avant pouvoir quitter la chine.

Sur le chemin du retour (jusque dans le Yunnan où je devais récupérer ma caméra et mes bagages), je me suis arrêtée à Dunhuang histoire d’aller escalader quelques dunes de sable.


Et puis j’ai filé en catastrophe vers Xining pour des histoires de visa...

Je me suis ensuite posée quelques jours à Chengdu pour profiter du nouvel appartement de Xiaoyu (dans un quartier branché et très animé). Puis retour au Lugu Hu en passant par Xichang. A-Shin n’était toujours pas rentré, je ne me suis pas attardée. Trois jours après mon arrivée, je reprenais un bus pour Lijiang, directement suivit d’un bus de nuit pour Kunming, d’où j’ai finalement quitté la Chine par avion.

Mes rencontres

Je sais, vous en avez déjà en tendu parler, mais comment ne pas évoquer à nouveau ma copine Naji, cette jeune moso tellement sympa que j’en suis arrivée à la considérer comme une petite sœur. Elle a été tellement généreuse avec moi que je n’espère qu’une chose, c’est qu’elle puisse un jour venir passer quelques temps en France pour que je puisse à mon tour l’accueillir chez moi et lui faire découvrir Paris. Je sais d’ors et déjà qu’elle adorerait la ville !!!

A Urumqi, elle m’a souvent confié à ses amis pendant qu’elle travaillait. Tous se sont adorablement comportés envers moi malgré le fait que la communication entre nous était franchement limitée…


Et puis je les ai évoqué un peu plus haut : Kong Hua et sa copine, deux filles du Hubei en vacances dans le Xinjiang, que j’ai rencontré dans le train entre Korla et Turpan, avec qui j’ai passé 2 jours à faire du tourisme, que j’ai quitté en partant pour Urumqi, et que par hasard, j’ai retrouvé dans le train entre Urumqi et Donhuang !!


C’était sympa de voyager avec des chinoises (et très pratique pour commander les meilleurs plats au restaurant !!) et d’en apprendre un peu plus sur leur mode de vie.
Bon ; elles aussi, parlaient un anglais assez limité, mais avec le peu de vocabulaire chinois que j’ai fini par emmagasiner, on s’en est très bien sorties !!



Mes coups durs

Tout d’abord, une anecdote qui avec le recul, me parait assez marrante :
Dans le train entre Lanzhou et Urumqi, j’ai rencontré une femme d’une 50 aine d’année qui voyageait avec ses collègues de travail. Après 5 minutes de banalités, elle me propose de venir diner avec elle le lendemain. Surprise de rencontrer chez cette dame un tel intérêt (c’est tellement rare en Chine de se faire inviter chez quelqu’un de cette façon..), j’accepte son invitation.
Le lendemain elle me téléphone pour confirmation et propose que Naji et moi la rejoignions à son bureau pour que l’on aille ensuite prendre l’apéro chez elle et diner.
Vers 18h on arrive au rendez-vous et là, plutôt que de récupérer ses affaires pour sortir, elle nous installe dans un petit bureau et commence à nous déballer ses produits : des serviettes hygiéniques et des teintures pour les cheveux.
Elle utilise Naji comme traductrice pour me faire toute une démonstration (comme dans la pub Always) à grand renfort d’expériences ennuyeuses à mourir (du style : je verse de l’eau sur les serviettes hygiénique, la serviette X se déchire en mille morceau tandis que la serviette Y reste pratiquement sèche, etc…) Au bout d’une heure on commence à s’impatienter et là elle explique clairement à Naji qu’elle attend de moi que je lui achète son stock pour le revendre à Paris. N’importe quoi !!!
On a réussit a se tirer de là en prétextant un rendez-vous inattendu et super important.
Elle a quand même tenu à passer le voir à mon hôtel le lendemain. J’ai dis oui, sachant qu’entre-temps j’aurais déménagée chez Naji !!
Bon ok, j’avoue que c’est un petit coup dur, mais quand même, j’étais bien vexée de m’être fait avoir.

Un peu plus embêtant : pendant ces 5 semaines de pérégrinations dans le Xinjiang j’ai pas mal souffert de solitude…
N’ayant pu trouver d’hôtes couchsurfing dans la région j’ai logé dans des hôtels pas chers et donc assez pourri (sauf pendant le temps que j’ai passé chez Naji). Personne ne parlant anglais, j’ai passé mes journées à déambuler comme une âme en peine (enfin surtout les derniers jours) et j’ai commencé à déprimer.

Ainsi, lorsque je suis arrivée à Korla en pleine nuit et que je me suis fait refuser l’entrée de 3 hôtels consécutifs (la province du Xinjiang revendiquant son indépendance par rapport au gouvernement central chinois, les règles concernant les étrangers sont beaucoup plus strictes que dans le reste de la Chine et seuls quelques hôtels sont autorisés à recevoir les étrangers), j’ai commencé à péter les plombs. Il était 3 heures du matin, je venais de me taper 10 heures de trajet et j’étais crevée. Un taxi m’a finalement amené dans un hôtel tout récemment ouvert et qui acceptait les étrangers. Seulement la chambre était à 200 RMB la nuit (4 fois le prix de ce que je m’autorisais habituellement à payer pour une chambre d’hôtel). Epuisée et dégoutée, j’ai décidée d’y passer une nuit et de reprendre le train au plus tôt le lendemain. Seulement lorsque j’ai vu la chambre, le lit king size, la salle de bain rutilante, le câble ADSL qui trainait sur le bureau… J’ai réalisé que ce serait dommage de ne passer qu’une demi-nuit au paradis !!! Et comme en plus il se trouvait que je fêtais ce jour là la mi-parcours de mon voyage, j’ai décidé de fermer les yeux sur le trou dans mon budget et de rester une nuit de plus.



J’en ai profité pour faire une grasse matinée, prendre 3 douches chaudes par jour, faire de l’internet à gogo et franchement, croyez moi ou pas, ça m’a remonté le moral comme jamais je n’aurais cru que ça le ferait !!! Comme quoi, un peu de confort matériel peut combler le manque relationnel et affectif dont souffre une personne seule !!!!

Enfin dernier coup dur, et non le moindre (parce qu’il m’aura couté assez cher) ; je comptais poursuivre ma route depuis la Chine vers le Népal en passant par le Tibet, mais depuis les manifestations qui ont précédé les J.O, de nouvelles régulations restreignent la présence des étrangers dans la région (« pour leur sécurité », dixit le gouvernement).
Désormais, et pour encore probablement au moins une année, l’accès au Tibet ne se fait qu’à condition d’avoir acheté un permis d’une valeur de 200 euros, et d’être accompagné d’un guide dont les honoraires s’élèvent à environ à 400 euros.
Une somme bien au-delà de mes moyens et qui m’aura contrainte à prendre un avion depuis Kunming pour Bangkok, puis de là, à embarquer sur un autre vol pour Katmandu (plus économique - 360 euros tout de même!! - que de voler depuis la Chine vers le Népal !!).



Je dois dire que finalement j’étais assez contente de quitter la Chine.
Après y avoir passé 5 mois au total (sur 2 séjours), j’en arrive à la conclusion que ce pays n’est définitivement pas le plus facile à traverser pour un voyageur.

Bien sure, les paysages ont magnifiques et les gens (surtout ceux issus des minorités) peuvent êtres gentils, mais dans l’ensemble, ils ne sont ni particulièrement accueillants, ni particulièrement sympathiques.
Rares sont ceux qui sont prêts à faire l’effort de parler une autre langue que la leur, voire même d’essayer de vous comprendre quand vous tentez de parler chinois.
Je ne compte pas le nombre de fois où je me suis fait bousculer ou hurler dans les oreilles (je crois que parfois les fonctionnaires et agents du service publique – les pires de tous les chinois – devaient croire que s’ils parlaient plus fort, je les comprendrais mieux…) ce qui n’est pas franchement pour me plaire et auquel je ne m’habituerai jamais !!

En plus, faire du tourisme Chine revient vite très cher, puisque tout les sites touristiques (artificiels comme naturels) ont un accès payant et que les tarifs appliqués sont exorbitants comparés au cout de la vie en Chine (12 euros pour avoir le droit de marcher sur les dunes de Mingsha à Dunhuang !!). Pour le voyageur à petits budget, c’est tout simplement impossible à gérer, de même que pour le chinois moyen. Du coup, seuls les plus fortunés peuvent se payer le luxe de découvrir les trésors naturels et historiques du pays.

Enfin, on parle de la Chine comme d’une grande puissance communiste mais je ne crois pas avoir déjà traversé un pays dont le système soit autant antisocial.
Les conditions de travails des salariés chinois sont terribles et leurs droits tout simplement niés. Sans aller jusqu’aux extrêmes que sont les travailleurs migrants sur qui repose en grande partie la croissance de la Chine, il me suffit pour me justifier de prendre l’exemple de Naji :
A Urumqi, elle occupe un poste de barmaid à l’hôtel Kempinski (un groupe allemand très bien implanté en Chine). Elle travaille de 19h à 5h du matin, touche 100 RMB par jour - 10 euros – et n’à droit qu’à 5 jours de repos par mois (non rémunérés).
Si elle arrive en retard au travail, son employeur lui retire 100 RMB de son salaire (200 RMB au-delà de 20 minutes de retard) ; si elle ne vient pas travailler (à moins d’être hospitalisée) le premier jour lui coute 200 RMB, le second 300 RMB, le troisième 400 RMB et au-delà elle est renvoyée.
Pourtant, elle considère ce boulot comme une véritable aubaine puisqu’il lui permet de gagner 2500 RMB par mois, soit un salaire bien supérieur au salaire moyen des ouvriers et employés dans le Xinjiang qui s’élevait en 2001 à 10 278 RMB annuels !!
Heureusement que la Chine est un pays communiste !!

dimanche 17 août 2008

Right on THAIme


Le tour de Bangkok en 30 jours




Arrivée à Bangkok en bus depuis Siam Reap, j’ai détesté la ville dès la minute où j’y ai posé le pied. Je suis descendue du bus après un trajet de plus de 12 heures, sous une pluie torrentielle, harcelée par une horde de chauffeurs de taxi qui demandait 6 fois le prix de la course et refusaient de mettre leurs compteurs en route.
Apres une bonne dizaine de coup de fils à mon hôte couchsurfing, Jody, j’ai réussit à trouver un tuk tuk qui acceptait un tarif raisonnable et à arriver à bon port.
Plus trempée qu’un indien pendant la mousson, je suis arrivée chez Jody qui m’a gentiment accueillit avec une bière bien fraîche (malgré la flaque qui s’est formée autour de moi et que j’ai laissé dans son salon). Trois couchsurfeurs étaient déjà là : un couple de cyclistes français et leur meilleure amie.

A partir de là, les jours se sont succédés selon un rythme plutôt tranquille. Je me suis pratiquement installée chez Jody et j’ai appris à découvrir Bangkok qui finalement, n’est pas la ville la plus horrible du monde.
A part dans les quartiers touristiques de Bang Lang Pu (pour les bagpackers) et Siam (pour les riches touristes des émirats arabes), Bangkok recèle un charme discret mais néanmoins bien réel. A mi chemin entre Shanghai et Miami, la capitale de la Thaïlande compte quelques gratte-ciel impressionnants et des autoroutes surélevées qui offrent un panorama fantastique sur cette grande fourmilière qu’est Bangkok.

Les transports en commun sont assez bien organisés, et si traverser la ville en bus peut facilement devenir un calvaire pour quelqu’un de pressé (les embouteillages aux heures de pointes sont inévitables autant qu’interminables), se promener d’un quartier à l’autre ne manque assurément pas de charme.

Les thaï sont des gens accueillants, souriants et aimables ; une bonne partie d’entre eux parle anglais et ils sont prêt à tout pour vous aider ou vous renseigner (au risque parfois d’en faire trop et d’accepter des engagement tout en sachant qu’ils ne pourront pas les respecter, comme j’ai pu m’en rendre compte assez rapidement..)

Ce sont pour beaucoup des gens assez simple, même si il arrive de temps en temps au promeneur de tomber sur les « fashion victims », ceux qui portent des lunettes sans verres et dont les montures en plastique couvrent à moitié la vue, ou encore de faux appareils dentaires (très à la mode en Thaïlande : les bagues dentaires couleur fluo, de préférence !!).

Autre chose : les thaï adorent leur roi, et ce, quelque soit leur âge ou leur position sociale. Une vénération sans égal qui les amènent, pour montrer leur dévotion, à porter chaque jour un t-shirt aux couleurs royale (le jaune du lundi pour le roi, le rose du mardi pour la reine, et etc.. chaque jour correspondant à un membre de la famille royale et à une couleur). La chose est surtout notable le lundi, ou beaucoup, beaucoup de gens portent du jaune (et apprécient d’ailleurs grandement que les étrangers fassent de même). C’est plutôt rigolo, surtout que le roi en question semble être quelqu’un de très bien.

Mes rencontres :

Comme d’hab, d’abord les couchsurf host…
Pour Bangkok ça ira vite : je n’en ai eu qu’un !!!
Un français de 30 ans du nom de Jody, qui parle couramment le Thaï et se présente lui-même comme un dilettante.

Installé en Thaïlande depuis 4 ans, prof d’anglais jusqu’à la date précise de mon arrivée, il s’est fait remercier par son boss et s’est tout de suite reconvertit dans le cinéma !
Rien de moins que ça…. Je l’ai même accompagné sur un tournage avec d’autres couchsurfeurs pour me faire un peu de sous : une bonne grosse journée de figuration pour une prod. Hollywoodienne avec ses stars et tout et tout… pour se faire un cachet de 2200 baths - 44 euros - un petit pactole en Thaïlande, même si ce pays reste à mon avis l’un des plus chers d’Asie du sud.
En plus de ce boulot de figurant, Jody est graffeur et traducteur…
Sans oublier le fait qu’il aspire à devenir à la fois gigolo et maquereau (un peu long à expliquer ici…) tout ça avec les meilleures intentions du monde et une sincérité assez déroutante.
Dis comme ça, je sais, ça parait un peu bizarre ; je crois qu’il faut juste le voir pour le croire… Quoiqu’ il en soit, il est surement la personne la plus surprenante et la plus tolérante que j’ai rencontrée jusqu’ici.

Grace à lui j’ai rencontré Clément et Moo, un petit couple franco-thai, hyper sympa. Moo surtout : adorable petite femme, qui a tenu dès le départ à me faire gouter toutes les spécialités locales, et qui n’a pas hésitée à m’appeler tous les jours pour me rendre compte du programme culinaire qu’elle me préparait…

Je ne ferai pas ici la liste de tous les gens que j’ai croisé chez Jody (il y en a eu beaucoup, jusqu’à 8 personnes à la fois), des voyageurs venus d’Europe, de Chine ou d’ailleurs… des gens aux parcours étonnants avec qui j’ai parfois très bien accroché, comme par exemple avec Estelle et Christophe, ces français venus de Strasbourg à vélo : un an de voyage à travers l’Europe de l’ouest, de l’Est, de l’Asie centrale et du sud Est ; et au final, des tonnes d’anecdotes à partager…

J’ai aussi apprécié ma rencontre avec Bruno, le meilleur ami de Jody qui vit et travaille en Inde par intermittence depuis plusieurs années et qui en tire une expérience totalement différente de la mienne. Du coup ça a été très instructif de discuter avec lui de ce pays que j’aime tant.

Enfin, la surprise du mois : ma tante Noëlle et son mari Laurent sont venu passer 3 semaines en Thaïlande accompagné de leur ami Dédé, de leur fille Margaux et de notre petit cousin Arthur. J’ai passé deux jours avec eux : de vraies vacances !!! Au programme : shopping, piscine (avec cocktail s’il vous plait…), massage et super resto !!! J’ai profité à fond de ces petits moments de détentes tout en m’étonnant moi-même d’éprouver tant de plaisir à prendre une douche chaude dans une belle salle de bain et à m’asseoir sur de vrais toilettes avec chasse d’eau et tout !!! Comme quoi, on ne se rend pas vraiment compte que toutes ces petits choses du quotidien que l’on trouve tout à fait normal constituent un vrai luxe lorsque l’on y a pas accès…

Mes coups durs :

Cette fois, vraiment rien à signaler, si ce n’est les graves problèmes de communications que j’ai pu rencontrer avec les chauffeurs de taxi à mon arrivée à Bangkok (que j’ai déjà évoqué plus haut).

Mon film :

Une fois encore, c’est grâce à mon hôte couchsurfing que j’ai réussit à trouver les filles de mon film. Au début, j’ai pensé pouvoir me débrouiller avec les adresses que m’avait refilé Jean-Luc, « le corse du Tigre Papier », un restaurant de Siam Reap :
des contacts de français installés en Thaïlande depuis longtemps, pour la plupart patrons de bars à putes, et donc bien intégré au milieu de la prostitution, principale image de la Thaïlande à l’étranger.

Accompagnée de Jody, qui je le rappelle, parle couramment le thaï, j’ai arpenté les quartiers chaud de Bangkok : les bars selects, comme l’Eden, dont la spécificité tiens du fait que les clients choisissent deux filles à la fois et que pour la sélection, les filles se placent d’un coté et de l’autre d’une ligne jaune qui indique si elles acceptent, ou non, la sodomie…
Mais aussi des gogos bars où des femmes et jeunes filles en petites (très petites !!) tenues se trémoussent sur des podiums en attendant d’être choisies et sorties du bar. D’ailleurs je dois préciser que j’ai été choquée de me faire mettre une main aux fesses par une nana qui n’avait, en rien, l’air d’une lesbienne, et qui devait penser que nous étions un couple à la recherche d’un extra…



On s’est aussi promené dans les boites de nuit en vogue pour essayer de trouver une fille (et il y en a beaucoup à Bangkok) qui cherche surtout à se trouver des étrangers pour des relations courtes et rémunérées en petits (ou parfois gros..) cadeaux et sorties diverses, plutôt qu’en argent liquide.

Toutes ses recherches n’ont rien donné, malgré quelques rencontres intéressantes : les filles rencontrées ont à chaque fois changé d’avis au dernier moment, me laissant en plan, et les patrons de bars ont refusé de m’aider, préférant protéger leurs arrières, ce qui semble logique puisque le gouvernement thaï tolère la prostitution sans toutefois la légaliser.

Toujours grâce à Jody (mon sauveur, décidemment…) j’ai finalement rencontré Pla, 26 ans, « fille à farang » comme on dit ici, qui vit à Sopahn Buri, dans un bled paumé à 200 kilomètres de Bangkok, et travaille tous les soirs dans un karaoké glauque où elle persiste à refuser les clients thaï, au grand dédain de ses collègues.



Pas de famille, pas d’amis, une vie sans intérêt, rythmée par les plis Western Union de son ami anglais, et grâce auxquelles elle parvient à s’acheter de quoi oublier sa misère : des cachets de yaba (ou méta-amphétamines) qu’elle fume jusqu’à perdre conscience du monde qui l’entoure. Un bien triste portrait, peut-être le plus triste jusqu’ici… Parce que contrairement à toutes les femmes que j’ai pu rencontrer pour ce film, Pla n’a pas la force de s’en sortir. Elle se croit profondément mauvaise et ne pense pas avoir les capacités d’aller à l’encontre de son karma.

Pour contrebalancer tout ça, j’ai aussi tourné un portrait de Nan, une petite nana de 26 ans qui vit à Bangkok et gère un shop internet la semaine et travaille avec sa cousine sur le grand marché de Chattuchak pendant le week-end. En plus de tout ça, elle donne parfois des cours de danse classique thaï (sa formation originale) et maquille des femmes pour des occasions particulières. Une vraie bosseuse donc, hyper attachée aux valeurs traditionnelles thaïes, et tout particulièrement à la famille. Elle a un petit copain avec qui elle ne dort que lorsque sa mère les chaperonne et partage avec ses parents le fruit de son labeur.




Nord Express




Pour profiter à fond de mes derniers jours en Thaïlande et avant de rejoindre la Chine, j’ai choisit de partir faire un petit tour dans le nord (tout petit, petit, seulement 3 jours).

Direction Chiang Mai donc, et couchsurfing chez Chris, un Thaï de tout juste 30 ans, graphiste originaire de Bangkok et désireux de fuir le bruit, le stress et l’individualisme grandissant au sein de la capitale.
Apres avoir marché en ville le premier jour, j’avoue que j’avais drôlement envie d’aller me promener aux alentours.
Chris m’a gentiment proposé de me faire faire un tour en moto.


Evidemment j’ai accepté, et après avoir été rendre visite aux éléphants d’un parc proche de la ville, on a roulé tant et si bien qu’on a finit par arriver à Pai, une toute petite ville à 150 km de Chiang Mai. On y a passé la nuit, dégusté les spécialités locales (et d’autres moins locales, comme le mojito…). Là encore je me suis sentie vraiment en vacances.



Malgré la pluie qui nous a arrosés sur une bonne partie du trajet, filer à moto à travers les rizières et les forêts sur des routes de montagne, c’était tout ce dont j’avais besoin pour clore ce chapitre thaïlandais de mon voyage…


video

lundi 21 juillet 2008

En passant par le pays Khmer


Cambodge urbain : Phnom Penh


J’ai passé la frontière entre le Laos et le Cambodge le 18 juin. Après un interminable trajet en minibus (en changeant 4 fois de véhicule, à chaque fois pour embarquer dans un bus plus pourri que le précédant…), j’ai fini par arriver à Phnom Penh, la capitale khmer.
Heureusement mon hôte couchsurfing, Marjolaine, m’attendait et j’ai pu profiter dès mon arrivée d’une bonne douche et d’une nuit de sommeil bien méritée…

Le lendemain je suis partie à la découverte de la capitale, une ville typique des pays en voie de développement, bien poussiéreuse, animée dès les premières heures du jour, et dont les artères hyper encombrée regorgent de surprises !!!
La nuit, très peu de rues sont éclairées et des rats gros comme des chats s’approprient les trottoirs jonchés d’ordures. Les gamins des rues sont partout à mendier quelques riels ou tenter de vendre leurs babioles. Les moto-dops (mototaxis), tuk-tuks, et rickshaws (qui sont en fait des cyclos) ne ratent pas une occasion de proposer aux touristes un tour des sites à visiter, mais ils restent très polis et n’insistent pas au-delà d’un « at te, aa kun » qui signifie simplement « non merci ». Peu d’entre eux parlent anglais, ils ne savent pas lire un plan et connaissent mal la ville. Il faut donc la plupart du temps étudier soi-même la carte avant d’embarquer pour pouvoir leur indiquer le trajet au fur et à mesure !
Un exercice assez compliqué au début, mais auquel on se fait rapidement.


J’avoue que j’ai négligé les visites de musées et sites touristiques officiels… Honte sur moi !! J’ai préféré faire le tour des marchés et, moins amusant, des sites non touristiques et non officiels comme le squat de Dey Krahorm et son White building (bien connus des habitants de la ville et ne figurant pourtant sur aucune carte) ou encore la grande décharge de Phnom Penh, sur laquelle vivent des milliers de familles.

Deux endroits ou la misère saute aux yeux et retourne l’estomac.
Sur la décharge en particulier, j’ai été scandalisée de voir des enfants ramasser parmi les ordures de la nourriture pourrie et tenter de l’avaler avant de la recracher tellement son gout devait être insupportable… Et puis le fait de voir les gens (qui vivent de la revente du plastique et du métal ramassé parmi les déchets) s’agglutiner derrières les camions (au risque de se faire écraser) lorsqu’ils déversent les ordures… Je crois que je n’avais jamais rien vu de pire…




A Dey Krahorm, la population (quelques centaines de familles contre des milliers il y a encore quelques années) est menacée d’expulsion (ou en cours d’expulsion pour être exacte), victime de la spéculation immobilière galopante qui ronge la capitale cambodgienne. Les quelques irréductibles qui restent sur le squat vivent dans des conditions déplorables.
Un peu mieux installé, les habitants du White building (bâtiment construit dans les années 80 par le célèbre architecte cambodgien Vann Molyvann et classé patrimoine historique) doivent eux aussi faire face aux menaces d’expulsion (et du coup payer grassement la police pour se prévenir des incendies !!). Ils doivent aussi supporter la prostitution et les trafics en tous genres qui s’opèrent, la nuit tombée, dans et autour du bâtiment. Bref, des conditions de vie pas vraiment idéales…




Mes rencontres :

J’ai passé une semaine en couchsurfing chez Marjolaine, 22 ans, stagiaire à Phnom Penh pour un période de 6 mois ; et sa colocataire polonaise Maya.
Grâce à elles j’ai découvert la vie nocturne de Phnom Penh !
Fête de la musique oblige, j’ai assisté avec les filles à plusieurs concerts de musique khmer et française (dont d’ailleurs un concert mêlant des musiques traditionnelles khmer et bretonnes : étonnant mais plutôt sympa !!).
On s’est fait ensemble des petits restos de rues (encore des nouilles et du riz frit…) mais aussi des restos un peu plus chics (et plus chers !) où enfin j’ai pu gouter à des saveurs nouvelles (à tester absolument si vous en avez l’occasion : l’amok, un vrai régal !!)
J’ai vraiment sympathisé avec elles et Marjolaine prévoit même de m’accompagner en Chine au mois d’aout. On passera une 10aine de jours ensemble dans le Yunnan puis elle repartira vers le Cambodge pendant que je continuerai ma route vers le Tibet et le Xinjiang.

Grace aux filles, je me suis introduite au sein de la communauté expatriée francophone. Beaucoup de nanas : Julie, Caroline, Gaëlle, Maude, Samia… et quelques couples. La plupart sont là pour une courte durée (3 mois à 1 un an) mais font tout de même quelques efforts pour s’intégrer (au minimum en apprenant à parler le khmer). Des gens formidable qui m’ont beaucoup appris et m’on aidé de leur mieux à comprendre la société cambodgienne et surtout à avancer dans mes recherches. C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai pu rencontrer Leakhena, sujet de mon premier portrait cambodgien.

Mes coups durs :

Pendant ces 3 semaines à Phnom Penh, je n’ai pas rencontré de difficultés particulières : pas de vol, d’arnaque, de chien enragé ou de massage guerrier…

Par contre j’ai pas mal souffert de solitude (alors qu’en réalité j’étais rarement seule…) Ça n’a pas été facile de me réadapter aux conditions du voyage en solo… Ricardo me manque beaucoup et je dois retrouver mes habitudes de vieille fille avant de sombrer dans la déprime !! On ne se revoit pas avant 6 mois, donc je n’ai plus qu’à prendre patience…

Sur un plan beaucoup plus pratique (et beaucoup moins grave), j’ai plus ou moins causé la perte de mes baskets (2eme paire de chaussures en 6 mois…).
Je m’explique :
Apres 3 passages sur la décharge de Phnom Penh, mes baskets ne m’inspirent plus confiance et malgré 2 lavages à grande eau et brossage effréné, je n’ose plus y mettre les pieds. Je me dois de préciser qu’elles n’ont pas seulement parcouru le gigantesque tas d’ordures de long en larges, mais qu’elles en ont carrément exploré les entrailles…
En effet, je me suis par deux fois enfoncé jusqu’aux genoux dans les immondices (déchets industriels et domestiques, nourriture avariée, serviettes hygiéniques, et j’en passe..) et j’ai pataugé dans du jus de décharge (une eau noire résultant des pluies filtrées par les ordures) pendant des heures (ne voulant pas marcher pieds nus sur la décharge).
Cela dis dans mon malheur j’ai eu de la chance : je me suis enfoncé dans les ordures, certes, mais au moins elles n’étaient pas en train de bruler !!! Car sur cette décharge, il arrive parfois que les collecteurs d’ordures s’enfoncent jusqu’à la taille dans des tas de déchets en combustion (qui paraissent pourtant complètement éteins à la surface) et en ressortent brulé au 2 ou 3eme degré…

Mon film :

Si j’ai si souvent fréquenté la décharge, ce n’est évidemment pas par pure plaisir…
C’est que la jeune femme dont j’ai fait le portrait, Leakhena, âgée de 25 ans, à grandit sur cette décharge.

Abandonnée par sa mère alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années, elle a du s’occuper de ses 3 sœurs et de son frère (âgé de seulement quelques semaines) et subvenir à leurs besoins, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, toute la fratrie soit prise en charge par PSE (Pour un Sourire d’Enfant), une OGN française bien connue à Phnom Penh.
Grace à son caractère ambitieux et sa volonté de fer, elle a réussit à se sortir de la misère et vit aujourd’hui une vie confortable. Toujours en charge de ses frères et sœurs (dont l’une est décédée, écrasée par un camion décharge), elle a aujourd’hui un fils de 4 ans dont elle partage la garde avec son ex-mari.


Un portrait éloquent, qui m’a permit de mieux comprendre le sens que prend le terme « famille » dans la société cambodgienne.


Cambodge rural : Kampong Thom



Mon séjour à Kampong Thom, à moins de 200 km de la capitale, a démarré sous de bons auspices. Accueillie par les membres du bureau local de la LICADHO, la ligue cambodgienne pour les droits de l’homme, j’ai tout de suite été mise en contact avec des femmes victimes de viol et de violences conjugales, deux types de violences envers les femmes très fréquents au Cambodge.
Ces femmes et jeunes filles vivant, pour la plupart, dans des villages isolés et n’ayant pas de moyens de communication, j’ai du essuyer quelques échecs (il m’est arrivé de me déplacer avec mon traducteur et de faire plusieurs heures de moto sur des routes poussiéreuses et non entretenues pour finalement à l’arrivé, apprendre que la victime avait déménagée depuis plusieurs semaines ; résultat : une journée de boulot perdue et des frais inutiles).

J’ai profité de ce temps libre pour me balader dans les villages aux alentours de Kampong Thom. La vie ici est bien plus paisible qu’à Phnom Penh. La ville est toute petite et en dehors de la route nationale 6, qui relie Phnom Penh à Siam Riep et traverse le centre ville, la circulation est limitée. En prenant les petites rues qui partent de cette route principale, on se retrouve très vite en pleine campagne.
L’école n’ayant cours que le matin ou l’après-midi, selon les classes, il y a en permanence des gamins en train de jouer le long des chemins de terre rouge.

Partout autour des villages, les rizières s’étalent à perte de vue. C’est un vrai régal pour les yeux… Et comme dans toutes les campagnes que j’ai traversées jusque là en Asie, les gens sont souriants et ne ratent jamais l’occasion d’échanger un « hello » avec les étrangers.


Mes rencontres :

Pas de couchsurfing à Kampong Thom et je reste à l’hôtel Arunras, le principal hôtel de la ville (et le seul bâtiment à posséder un ascenseur !!). La chambre coute 6 USD mais j’ai un bureau pour travailler, un ventilateur en état de marche et une salle de bain particulière… J’y ai atterrit parce que c’est là que logent Emilia et sa collègue Annie.

J’ai rencontré Emilia à Phnom Penh, mais c’est à Kampong Thom que j’ai appris à la connaître. Française, de mère martiniquaise, Emilia a 25 ans. Elle parle couramment français, anglais, allemand et espagnol et travaille pour la coopération allemande.
Elle est venu passer quelques jours à Kampong Thom pour réaliser des interviews de femmes battues et c’est elle qui m’a mit sur la piste de LICADHO. Intelligente, ambitieuse et en même temps très attachée aux valeurs humaines, elle est le type même de personne avec qui j’espère rester en contact.

La LICADHO, Ligue Cambodgienne pour les droits de l’homme, est l’une des organisations les plus actives au Cambodge. Présente sur tous les fronts (droits des femmes, conditions de vie en prison, droit au logement, liberté de la presse, lutte contre la corruption, etc…) elle possède des bureaux à Phnom Penh et en province. Les membres du bureau de Kampong Thom, messieurs Noung Samoeun, Chhoum Run et Ek Sothea m’ont réservé un accueil chaleureux et m’ont plus qu’aidé dans mes recherches. Ils ont pris le temps de m’écouter et m’ont mis en contact avec des victimes de viol et violences conjugales sans perdre de temps. Ils m’ont même accompagné dans les villages (prenant sur leur temps de travail) et m’ont aidé à trouver un traducteur. Sans eux, je n’aurais jamais pu réaliser mes portraits…

Il me reste enfin à vous parler de mon traducteur, Chhit Neath, professeur d’anglais dans une école privée de Kampong Thom. En dehors de son habitude de répéter sans cesse « OK, right » et de couper la parole à son interlocuteur (très embêtant pendant les interviews…), il a été vraiment adorable. Il m’a invité à diner chez lui, très fier de me présenter sa famille, et m’a convié à rencontrer ses élèves… Pendant 2 heures, j’ai fait le tour des salles de classe pour échanger quelques mots avec des jeunes de 14 à 20 ans dont la principale préoccupation était de savoir si j’étais mariée et comment je trouvais les cambodgiens !!!


Mon film :

En dépit du fait que le Cambodge soit une société de type matrimoniale, beaucoup de violences existent à l’encontre des femmes et leur situation n’est pas enviable. Prostitution, trafic, viols et violences en tous genres, jets d’acides… et par-dessus tout ça, la misère ; les khmères n’ont pas la vie facile. Dans les zones rurales en particulier, le manque d’information et la corruption des services de police dissuade les victimes de porter plainte contre leur agresseur. La situation perdure, aux vues et aux sus de tous les chefs de village.

Pour illustrer la condition des femmes au Cambodge rural et dénoncer les discriminations dont elles sont victimes, j’ai choisit, avec l’aide de la LICADHO, de rencontrer Sokunthea, une jeune femme de 24 ans, mariée depuis déjà 8 ans et mère de 3 enfants. Elle vit avec sa grand-mère dans le village de Balang, district de Kampong Thom. Il y a environ un mois, juste après la naissance de sa dernière petite fille (le lendemain de son accouchement pour être exacte !!) son mari, pris d’une crise de rage, lui a ouvert la tête à coup de couteau. Il avait l’habitude de la battre, mais cette fois il avait dépassé les bornes : le chef du village est intervenu. Sokunthea a décidé de porter plainte.
Apres avoir été arrêté par la police puis relâché au bout de 3 jours, le jeune homme (24 ans) est parti avec son fils de 4 ans dans une autre province. Ses parents ont convaincu leur belle fille de retirer sa plainte.


En tournant le portrait de Sokunthea, je me suis rendue compte que les femmes victimes de violences conjugales au Cambodge sont mal informées de leurs droits. Elles ont aussi tendance à accepter la violence comme quelque chose d’inéducable, et donc à la supporter jusqu’au bout. D’autre part, la corruption au sein des organes répressifs est telle que souvent la victime se retrouve sans recours possible.
D’un point de vue plus technique, j’ai eu beaucoup de mal à interviewer Sokunthea. Bien sure, d’une part, parce que le sujet n’est pas facile à aborder, mais aussi parce qu’elle a eu beaucoup de difficultés à répondre aux questions un peu abstraites. Je me suis rendue compte que du fait de son maque d’éducation, elle avait des capacités d’analyse et de réflexion réduites (ce qui bien sure n’a rien à voir avec son degré d’intelligence) et qu’en dehors de tout ce qui concernait les aspects pratiques et matériels de sa vie, elle ne se posait pas de question…

L’autre femme que j’ai rencontrée dans le but de décrire la situation des femmes en zone rurale se prénomme Chakryia. Elle à 18 ans, vit avec sa grand mère, ses parents et ses 5 frères et sœurs dans le village de Thnal Bek, district de Kampong Svay.
Au mois d’avril dernier, alors qu’elle allait faire une course pour un voisin, elle a été agressée et violée par un individu âgé de 25 ans.
Poussée par ses parents et avec le soutien de tout le village, elle à porté plainte. Apres avoir passé 3 semaines en prison, le violeur a été relâché et à fui dans une autre province.
Dynamique, courageuse et ambitieuse, Chakryia a choisit d’aller de l’avant. Elle continue à suivre des cours au lycée dans l’espoir de pouvoir un jour travailler pour une ONG et défendre la cause des victimes de viol.

« Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort », telle pourrait être sa devise. Ce n’est malheureusement pas celle de la majorité des femmes violées au Cambodge. Il faut d’ailleurs savoir que le viol est un acte courant dans ce pays, semblerait-il depuis la période khmer rouge. Les victimes sont des femmes de tous âges, et souvent mêmes des enfants (80% des cas répertoriés par la LICADHO concernent des fillettes de moins de 14 ans). Elles sont violées par des voisins, des amis, voire même des membres de leurs familles. Pour celles qui n’étaient pas encore mariés, la vie devient difficile. Non seulement elles apportent la honte sur la famille mais en plus elles sont devenues impures et impossible à marier… Le cas de Chakryia nous prouve que les mentalités commencent à changer, autant au niveau des victimes, que de leur entourage. Mais combien de femmes auront eu à supporter les conséquences illégitimes et totalement injustes de leur agression (les parents allant même parfois jusqu’à marier la victime avec son agresseur pour sauver la face !!!) ?


Entre deux : Siam Riep




Apres avoir quitté Kampong Thom, je me suis arrêté quelques jours à Siam Riep, avant de continuer ma route vers la Thaïlande.
J’en ai profité pour prendre des vacances et aller visiter les célèbres temples d’Angkor, l’un des sites touristiques les plus visités au monde.


L’accès au site se monte à 20 USD par jour, une vraie fortune dans cette région du monde, et compte tenu du nombre de visiteurs, les temples sont une vraie manne pour le gouvernement local.

Du coup Siam Reap est une ville développée et agréable. Ses rue sont propres et bien moins grouillantes que celles de Phnom Penh. Les hôtels, bar et restaurants fleurissent dans le quartier touristique du vieux marché.
La population locale semble aussi mieux lotie que dans la capitale ; et même aux alentours, on voit peu de maisons en feuilles tressées, la plupart étant construites en bois ou en ciment.

Mes rencontres :

A Siam Reap, j’ai passé mes soirées dans le bar du copain d’un copain, installé au Cambodge depuis 10 ans, à boire de la bière avec des expatriés et franco-khmers d’un style complètement différent de ceux que j’avais rencontré à Phnom Penh : la plupart étant des bizness men, et non pas des travailleurs sociaux.

Et puis j’ai rencontré Méline, une bretonne de Paris avec qui j’avais plein de points communs (son copain est musicien et son beau-frère rugbyman !!)
Ensemble, on s’est promené jusqu’au village sur pilotis de Kampong Pluk… Une virée jusqu’au Tonlé Sap en tuk-tuk, moto et bateau, le tout sur des routes presque impraticables et des canaux étroits. Enfin le village valait le coup d’œil et le coup de camera !!!

jeudi 19 juin 2008

Sweet Lao

Lao d’en haut

Après avoir passé la frontière entre le Vietnam et le Laos à Nam Can et au sortir d’un trajet en bus d’une 20aine d’heures, je suis arrivée à Vientiane, la capitale Lao en croyant (comme les autres passagers occidentaux du bus d’ailleurs…) que je m’étais fait arnaquée et larguée au milieu de nulle part… En fait non, j’étais bien à Vientiane, seulement cette ville de 200 000 habitants ressemble tellement plus à une petite ville de province qu’à la capitale d’un pays d’Asie du Sud-est qu’en y débarquant avec seulement quelques heures de sommeil dans les pattes, j’ai cru devoir reprendre un bus pour arriver à destination !

Finalement, j’ai embarqué dans un tuk-tuk direction le centre ville, à moins d’une dizaine de kilomètres de là.

Je suis arrivée chez mon « couch owner », un prof. de français béninois du nom de Sorif, installé sur le campus de l’Université d’ingénierie de Sokpaluang.


Vientiane


Dès cette première journée, j’ai pu apprécier le calme et la tranquillité de cette ville tellement différente de toutes les autres capitales de la région.
Ici, pas d’embouteillages, pas de bruits de klaxon… Les rues sont larges, propres et bordées de trottoirs en parfait état. La nuit, un peu partout, on entend les insectes et les grenouilles s’égosiller dans un concert des plus surprenants.

Vientiane borde le Mékong, ce grand fleuve rouge qui délimite la frontière d’avec la Thaïlande. Sur ses berges des petites échoppes vendent de la bière et des shakes aux fruits pour presque rien. On y mange des brochettes de viande et de poisson accompagné de « sticky rice », préparé selon la tradition Lao.



La ville regorge de temples bouddhistes, les « vats » où des moines en tenue orange passent leurs journées à dormir à l’ombre d’arbres imposants dont on comprend, à la taille de leur tronc et l’épaisseur de leur feuillage, qu’ils ont déjà traversé plusieurs siècles.



Au total, j’ai passé à Vientiane un peu plus de 2 semaines, le temps de m’imprégner de son ambiance nonchalante et de profiter des innombrables sourires qu’adressent les Lao de tous âges aux étrangers, généralement accompagné d’un joyeux « sabai dee », qui signifie tout simplement bonjour en langue lao.
J’ai été surprise de découvrir le mode vie des jeunes de la classe moyenne, assez nombreuse à Vientiane. Ceux-là même qui paradent sur des scooteurs flambants neufs et se déchainent dans les boites de nuit au son des rythmes d’un Eminem ou d’une Britney Spears ; les filles fringuées en mini et les garçons arborant des coiffures hyper élaborées (et hyper, hyper gominées !).
J’ai eu du mal en croire mes yeux quand j’ai vu la facilité avec laquelle les « falangs », autrement dit les étrangers, attiraient les jeunes filles lao dans leur lit : un coup d’œil, un échange de numéro de téléphone, et le lendemain l’affaire est réglée… Cela malgré le fait qu’au Laos, les relations sexuelles hors mariage entre lao et étrangers sont complètement interdites et répréhensibles d’une très grosse amende (environ 2000 dollars) et d’une expulsion du pays pour l’étranger. Et je ne parle pas là de prostitution !!!
Cela dit, les relations amoureuses et sexuelles hors mariage, même entre jeunes lao, semblent beaucoup moins taboues que dans les autres pays d’Asie que j’ai pu visiter jusque là. D’ailleurs, autre surprise et non la moindre, ici, les travestis sont choses courantes… On les appelle « catoys » ou lady-boys, et ils sont complètement intégrés à la société Lao. Ils se promènent maquillés et vêtus en femmes, au point qu’il est parfois difficile de faire la différence. Il semblerait que la culture lao, au moins dans certaines ethnies, favorise l’homosexualité et le changement (au moins en apparence..) de genre. D’après ce que j’ai pu récolter comme infos, ce sont souvent les familles qui choisissent d’élever l’un de leur fils comme une fille, et ce dès sa naissance.
Il faut dire qu’au Laos, les femmes sont vraiment les piliers de la société et de la famille : ce sont généralement les filles ainées qui travaillent pour nourrir leurs familles et en cas de mariage, le nouvel époux emménage dans la maison de sa femme, contrairement aux traditions en vigueur dans les pays frontaliers du Vietnam et de la Chine.


Mes rencontres

Comme d’habitude, d’abord mes hôtes de couchsurfing…
Au Laos malheureusement, l’offre en canapés à surfer est assez pauvre… Lors de mes recherches, je n’ai pu trouver que 3 personnes prêtes à héberger des bagpackers. J’en ai choisit une chez qui je suis restée plus d’une semaine !!!
Il s’agit d’un béninois d’une trentaine d’année, Sorif, dont j’ai déjà fait mention plus haut.

Installé au Laos depuis seulement 3 semaines avant mon arrivée, il fait partie d’un programme de l’agence pour la francophonie, qui consiste à placer pour des contrats d’un an, une 20aine de professionnels francophones, dans des institutions et entreprises pour favoriser l’apprentissage de la langue à l’étranger.
Très accueillant, Sorif n’a pas hésité une seconde à me prêter sa chambre d’amis et à me présenter ses relations à Vientiane.
Grace à lui, j’ai découvert la cuisine des meilleures échoppes de rue.


Sur le campus de Sokpaluang, j’ai aussi fait la connaissance « des français » : un groupe de 3 étudiants en école d’ingénieurs à Paris en stage pour 3 mois au Laos, et d’une fille du nord de la France, elle aussi prof de français à l’université.
Alexandre, Julien, Stéphane et Laurie-Anne ont été pour moi des guides précieux…
Grace à eux j’ai découvert la vie nocturne de Vientiane, et surtout j’ai rencontré Noy, dont j’ai tiré le portrait pour mon film.


Aachal, je l’ai trouvée sur couchsurfing. Originaire des iles Fidji, elle vit à Vientiane depuis près d’un an et travaille pour le programme alimentaire mondial des Nations Unies. On s’est donné rendez-vous pour un déjeuner et on a tout de suite sympathisé.
Elle m’a invité à son anniversaire, quelques jours plus tard, et là j’ai pu me faire une idée de la présence humanitaire au Laos… Au moins une 50aine d’expat. étaient présents, tous employés d’ONG !!! J’ai tenté de faire mon marché pour repérer ceux qui pourraient m’orienter dans mes recherches et j’ai finalement rencontré Vong, un jeune Lao francophone qui m’a mit en contact avec la personne idéale, directeur d’une association chargée de réinsérer les femmes victimes de trafic.

Enfin, parmi mes rencontres à Vientiane, je dois dire que la plus importante pour moi à été celle dont je rêvais depuis longtemps… Ricardo, mon amoureux, est venu passer 3 semaines avec moi au Laos. Tout s’est décidé à la dernière minute et on a pu fêter ses 30 ans ensemble dans un restaurant gastro de la capitale. On s’est baladé du nord au sud et en vrai gentleman, il porté mon sac pendant tout son séjour !!!

Ces petites vacances m’ont fait beaucoup de bien et m’ont permis de recharger mes batteries pour la suite. Prochain rendez-vous : l’Inde en décembre… Aïe aïe aïe, je compte déjà les jours !!!

Mes coups durs


Au Laos la vie est facile… la criminalité, en particulier envers les étrangers, est pratiquement nulle, et je n’ai rencontré aucun soucis particulier.
La plupart des gens sont aimables, accueillants et parlent un peu anglais (en particulier ceux qui sont en contact régulier avec les touristes) ou même français…
Vientiane est une petite ville et il est très facile de s’y orienter. Les transports publics sont peu onéreux et plutôt bien organisés, bref, c’est un peu le paradis de l’Asie du sud-est…


Mon film


Là par contre, les choses ont été moins faciles que partout ailleurs… Rien que dans mes recherches, j’ai rencontré beaucoup de difficultés à obtenir des informations.
N’ayant pas les autorisations officielles nécessaires pour tourner au Laos (autorisations quasi impossibles à obtenir, surtout compte-tenu de la teneur et des conditions de réalisation de mon projet), j’ai du faire face à beaucoup de mauvaise volonté de la part de mes interlocuteurs.
La seule organisation nationale Lao en charge des femmes, l’Union des Femmes Lao, à qui j’ai rendu visite sans préciser mes véritables intentions (je leur ai juste demandé s’il était possible de faire du bénévolat et de participer à leurs projets – tout ça, juste pour en connaître la teneur) m’a quasiment mise à la porte de ses locaux (tout à fait poliment cependant…) avant de téléphoner, tout de suite après mon départ, au ministère des affaires étrangères pour les prévenir de mon passage (ce que bien sure je n’ai appris que plus tard).

Les responsables des ONG et les Nations Unies, à qui j’ai cette fois annoncé clairement mon projet, ont tout simplement refusé de me recevoir, même seulement pour me faire un topo sur la situation des femmes dans le pays…

L’association des femmes Lao en France, avec qui j’étais déjà en contact avant de quitter Paris et qui soutient mon projet, m’a mise en relation avec l’une de leur contact à Vientiane, une personne qui n’était autre que la femme du directeur du service de presse du ministère des Affaires Etrangères !!! Je me suis fait grillée…
Cette dame m’à téléphoné un jour en se présentant et en m’annonçant que je devais rencontrer son mari pour faire une demande officielle d’autorisation de tournage. N’ayant d’autre choix (puisqu’ils étaient déjà au courant de ma présence en ville et de mes intentions) que de suivre ses indications, je me suis présentée (soutenue par Ricardo !!) au bureau du service de presse pour faire ma demande. Là, le chef du service m’a remonté les bretelles pour avoir tenté de prendre contact avec l’Union des Femmes sans aucune autorisation (c’est la que j’ai su pour le coup de téléphone…) et m’a demandé un descriptif complet de mon plan de tournage avec les noms des personnes que je souhaitais interviewer, la liste des questions que je leur poserais, le détails des images que je comptais tourner, etc… Vive la République DEMOCRATIQUE du Laos !!!

J’ai donc fait une demande de mise en contact avec l’Union tout en sachant qu’elle n’abouterait pas, tout ça pour ne pas éveiller les soupçons et pouvoir continuer mes recherches ailleurs…

C’est d’ailleurs ce que j’ai fait… après avoir rencontré officieusement le responsable d’une ONG en charge de femmes victimes de trafic (sexuel et autres…) vers les pays frontaliers, j’ai pu obtenir (en échange de la promesse de ne pas faire apparaître les liens entre cette association et moi dans le film et de garder secrète l’identité de la jeune fille) qu’il me présente à des personnes de son équipe (toujours officieusement et en dehors de leurs bureaux), qui m’ont finalement amené à rencontrer une jeune prostituée de nom de Tiam.


Tiam
A 18 ans, Tiam a déjà un passif plutôt consternant… Issue d’une famille pauvre des campagnes lao, elle est confiée à 13 ans à une proche de la famille installée en Thaïlande. Forcée à travailler sans rémunération dans une usine, elle rencontre un jeune thaï de 7 ans son ainé et se marie avec lui. Alors qu’elle n’a que 14 ans, son mari est mobilisé dans l’armée et elle se retrouve seule dans sa belle famille, là encore, forcée de travailler sans jamais recevoir une seule pièce de monnaie. Au bout d’un an, elle quitte sa belle mère et revient au Laos, où elle se laisse entrainer par une amie à travailler dans un bar.


Rapidement amenée à se prostituer, elle passe les 5 années suivantes à travailler dans différentes maisons de passe au Laos et en Thaïlande. (Là je fais cours, l’interview a durée près de 3 heures..)
Il y a environ un an, elle atterrit à Vientiane et entend parler de cette organisation qui aide les jeunes filles dans son cas. Elle prend contact avec eux, laisse tomber son job de « danseuse » et entame une formation de coiffeuse. C’est dans le salon où elle travaille que je l’ai rencontré.

Noy
Noy, je l’ai rencontrée par Stéphane, le jeune stagiaire de Sokpaluang. Elle est sa copine depuis quelques semaines, parle anglais et dégage un charme certain.
Intelligente, drôle et ne manquant pas de caractère, Noy Vit à Vientiane depuis 5 ans avec l’un de ses frères. Ils viennent de la province de Savannakhet, dans le sud du pays.
Noy a 22 ans, elle termine des études d’anglais à l’université. Elle aime sortir avec ses amis, faire la fête et voyager (même si pour l’instant ses voyages se sont limités à l’intérieur du Laos). Elle sort avec Stéphane malgré son jeune âge (elle préfère les hommes âgés de 35 à 50 ans !!!) parce qu’il la fait rigoler et que comme la plupart des « falangs » et contrairement aux jeunes lao, il la respecte pour ce qu’elle est. Noy est l’exemple typique de la jeune femme moderne, issue de la première génération de lao qui n’a connu qu’un pays ouvert sur le reste du monde, celle la même que j’appelle la génération MTV.

En dehors de Vientiane, j’ai profité de la présence de Ricardo pour m’autoriser un peu de tourisme. Nous sommes donc partis quelques jours à Luang Prabang, dans le nord du Laos.


Luang Prabang



Bien connue au Laos pour son charme colonial, Luang Prabang est une petite ville aux rues pavées et presque piétonnes, tellement la circulation y est rare.
A Vientiane, tout le monde nous en parlait comme la ville la plus jolie et agréable du Laos ; et effectivement, Luang Prabang vaut vraiment les 10h de bus qui permettent d’y accéder (même si parfois, comme ça a été notre cas, on tombe sur le « King of Bus », qui en réalité doit être le bus le plus pourri de tout le pays… Il est perméable à la pluie et comme on est en pleine saison, on est arrivé à destination trempés et prêts pour un essorage !)

Posée au bord du Mékong, Luang Prabang est entourée de montagnes et de rivières.


Sa principale attraction réside en un marché de nuit, installé tous les soirs jusqu’à 22h00 dans la rue principale. Exclusivement destiné aux touristes, ce marché s’étale sur plusieurs centaines de mètres. On y trouve de l’artisanat local, partout les mêmes articles, et il convient de négocier âprement pour ne pas se faire dépouiller, même si en réalité les objets qu’on y trouve, même non négociés, restent moins chers qu’à Vientiane.




Ainsi, pour exemple, Ricardo a acheté un petit bijou en argent pour sa mère : alors qu’à la capitale on lui en demandait 120 000 kips, l’équivalent de presque 10 euros, à Luang Prabang on le lui à proposé à 60 000 kips ; il l’a négocié et finalement obtenu à 15 000 kips…

Autour de la ville, des grottes et des cascades attirent les touristes (et nous aussi !!!).
On en a donc profité, Ricardo et moi, pour aller se rafraichir dans les basins d’une eau bleu turquoise qui s’enchainent au fil des chutes d’eau.
J’ai adoré… J’aurai pu y passer des semaines !!! Mis comme toutes les bonnes choses ont un fin, on a fini par rentrer à Vientiane où j’avais un tournage de prévu sur quelques jours.


Lao d’en bas



Pakse


Une fois mon boulot terminé, on a pu repartir se balader en amoureux. Cette fois on a choisit de descendre à Pakse, la principale ville du sud Laos.
Encore une nuit passée dans le bus (mais cette fois on a pu éviter le « King of Bus »), et on est arrivé dans une petite ville sans grand intérêt, toujours sur les bords du Mékong (à croire que toutes les villes du pays bordent le fleuve…).


On y a passé une nuit histoire de se reposer un peu et on a filé le lendemain vers Tadlo, un village sensé être à une heure et demi de route. Mais comme on a pris le bus local, on a mis à peu près deux fois plus de temps : entre les arrêts tous les 100 mètres pour faire monter et descendre des passagers, charger d’énormes sacs de jute remplis à craquer et les pannes de moteur, on a largement eu le temps d’apprécier le trajet. J’en ai profité pour prendre quelques photos…










Tadlo





Le bus a fini par nous lâcher sous une pluie torrentielle, au bord d’un chemin de terre. Apres 2 km de marche (merci à mon amoureux, qui portait pratiquement tous les sacs !!!) on est arrivé dans un petit village fait de huttes en bois et feuilles tressées, le tout perché sur pilotis, probablement pour éviter les inondations et l’intrusion des animaux de ferme qui se ballades un peu partout en liberté.

Partout des enfants à moitié nus (voire aussi complètement nus d’ailleurs…), quelques guest houses et bien sure, des chutes d’eau…
C’était notre dernière semaine de vacances, on a choisit de se poser dans ce petit coin de campagne et de ne rien faire, sinon d’aller se promener de village en village et de se baigner dans la rivière (moins belle que celle de Luang Prabang mais déserte, à part les enfants du coin et tout aussi rafraichissante).

Cinq jours plus tard, il a bien fallu rentrer à Pakse, Ricardo devant se rendre à Bangkok pour reprendre l’avion. Triste dernière journée de vacances… il a embarqué dans un bus en milieu d’après-midi, quand à moi j’ai attendu le lendemain pour prendre un mini bus direction Phnom Penh, au Cambodge.



mercredi 21 mai 2008

Hanoi, épisode II : "same, same, but different"


Après 3 semaines de break à Paris et Miami pour pouvoir assister au mariage de ma cousine Charlotte, me voilà de retour au Vietnam.

Cette fois les choses ont plutôt mal commencé puisque lors d’une escale à Bangkok entre Paris et Hanoi, mon vol s’est trouvé annulé pour cause d’intoxication alimentaire du copilote…

Si vous n’avez jamais entendu parler de l’effet papillon, vous n’imaginez pas les conséquences que peut avoir l’ingestion d’un œuf pas frais par un pilote d’air France… Mais je garde le suspense, vous en saurez plus en continuant la lecture de ce post…


Je disais donc je suis revenue à Hanoi le 23 avril. De nouveau hébergée par Cameron et ses colocataires. J’ai passé quelques jours avec eux avant de déménager chez Vhin et Rebecca, dans la maison qui habite l’association VFCD - Volunteers for Commuity Development and Environment Education – et une bonne partie de ses bénévoles.

Grace à eux j’ai rencontré Ngoc, qui elle, travaille pour une ONG française pour la prévention du virus du SIDA.
Très rapidement, elle m’a mise en contact avec des femmes de ses groupes de travail afin que je puisse tourner mes portraits de femmes vietnamiennes.

Cette fois encore, la chance m’accompagne puisqu’au Vietnam, il est quasiment impossible de tourner ce genre de portrait sans avoir les autorisations officielles (évidement extrêmement difficile à obtenir).
Mais grâce à Ngoc, j’ai pu éviter le circuit officiel et rencontrer Hong et Ngan, deux vietnamiennes aux parcours difficiles.


Mes rencontres


Vous connaissez déjà Cameron, Geny, Hai et Greg, mes hôtes lors de mon premier séjour à Hanoi, donc je ne vais pas m’étendre…

Vinh et Rebecca m’ont accueillie lorsque j’ai quitté Doi Can Street. Ils vivent dans une maison de 3 étages sur Au Co Street, au nord de Hanoi.
Ils partagent leur foyer avec d’autres bénévoles de l’association VFCD (difficile de dire combien, je vois des nouvelles têtes presque tous les jours !!), dont ils sont les coordinateurs. Vinh est d’origine vietnamienne, il a été adopté à l’âge de 9 ans par une famille américaine de Salt Lake City. Et oui, c’est un vrai génie de l’informatique !!!

Rebecca, 23 ans, est australienne, elle vit au Vietnam depuis 6 mois et en plus de sa participation à VFCD, elle donne des cours d’anglais.
Adepte de la bière locale et pas seulement, elle sort avec un jeune vietnamien du nom de Zheng, un garçon adorable, toujours le premier à se lever le matin pour aller nous chercher le petit déj.

Chez eux j’ai rencontré Chris, couchsurfer comme moi, avec qui je me suis un peu baladée en ville. Californien, la vingtaine, fraichement débarqué de Thaïlande où il a passé quelques jours avant de gagner Hanoi pour un séminaire/retraite de son grand maitre spirituel, le moine bouddhiste vietnamien Thich Nhat Hanh qui dit : « J’inspire, je calme mon corps. J’expire, je souris. Je m’établis dans le moment présent. Je sais que c’est un moment merveilleux. »
Et puis je me dois ici de citer Ngoc, cette fille fantastique qui m’a permis de trouver les femmes de mon film. Issue des minorités ethniques du nord du Vietnam, Ngoc vit à Hanoi depuis qu’elle a démarré ses études. Elle travaille maintenant pour l’association SJ Vietnam, et est chargée, en coopération avec UNAIDS, d’informer et d’éduquer la population locale sur les ravages du SIDA.
Elle m’a mise en contact avec les femmes que je souhaitais rencontrer et m’a même servie d’interprète lors des interviews…


Mes coups durs

On en arrive enfin à l’histoire du vol AF174….
Vous deviez commencer à vous impatienter !!!
Je commencerai donc par le commencement…
Tout a démarré à Paris ce 22 avril. Mon vol pour Hanoi étant prévu à 19h00, j’ai profité (en courant) de ma dernière journée pour régler mes derniers préparatifs (récupérer ma carte bleue avalée sans raison par un distributeur à Montreuil, acheter les médicaments que m’avais demandé Cameron, déjeuner avec Alice, qui cette fois, à réussit -difficilement - à contenir ces larmes, faire mes bagages et enfin, boire un café avec mon doudou…).
Une journée bien chargée donc, qui m’a amenée à prendre le métro à la dernière minute. Seulement, arrivée à Chatelet pour prendre une connexion avec le RER et filer à l’aéroport, un incident intervient sur la ligne B et le speaker annonce que plus un train ne circulera en direction de Charles de Gaulle. Ayant aperçu le dernier train actif en arrivant sur le quai, je décide d’attendre quelques minutes. Finalement un train arrive avec pour terminus une gare à mi trajet. Je monte dedans en me disant que ce sera déjà quelques kilomètres de parcouru (à 17h30, impossible d’imaginer trouver un taxi à Chatelet pour être à l’aéroport une demi heure plus tard…).
Donc je monte dans le RER bondé avec tous mes bagages. Ce qui se révèle être une bonne idée puisque finalement, pendant le trajet, le chauffeur annonce qu’il ira jusqu’à l’aéroport…
J’arrive donc à Charles de Gaulle 5 minutes avant la fin de l’enregistrement (du coup j’ai évité la queue…) et rassurée, je finis par monter dans l’avion.
Une 12aine d’heures plus tard, on atterrit à Bangkok pour une escale sensée durer à peine une demi heure. Au bout d’une heure d’attente dans l’avion, on nous annonce que le copilote étant victime d’une intoxication alimentaire, on doit descendre de l’avion et attendre 2 ou 3 heures afin qu’un avis médical définitif nous permette (ou non) de décoller. Apres ce qui semble être une éternité, la responsable du personnel au sol nous informe que le vol Air France ne redécollera pas. Pour les plus chanceux des passagers (les hommes d’affaire et les familles), un vol de Thai Airways les mènera à bon port. Pour les autres, il faudra attendre le lendemain, voire le surlendemain.
J’ai fais des pieds et des mains pour faire partie des chanceux, et après d’âpres négociations (et pas mal de kilomètres parcourus à courir dans l’aéroport de Bangkok), j’ai réussi à embarquer sur le dernier vol pour Hanoi.
Je suis arrivée au Vietnam à 22h00 (au lieu de 15h00) pour découvrir, après (encore !!!) une heure d’attente (et d’appréhension !!!) près du tapis roulant, que mon sac à dos s’était volatilisé quelque part entre Paris et Hanoi (le type du bureau des réclamations n’était même pas capable de savoir si oui ou non mon bagage avait été débarqué à Bangkok).
Je n’ai pu le récupérer que 3 jours plus tard… Heureusement, il était intact et complet !!!
Comme quoi tout est bien qui finit bien.

A part ça, pas vraiment de coups dures lors de ce second séjour à Hanoi… Ah si… un petit… Je suis tombée d’un scooter à l’arrêt (Chris le californien novice en matière de 2 roues a démarré, vitesse enclenchée, alors que je m’apprêtais à monter derrière lui ; le scooter a donc avancé de 50 bons centimètres, et je me suis retrouvée le cul par terre). Résultats : un beau bleu sur les fesses et les poignets endoloris pendants 3 jours.


Mon film

Deux portraits…
D’abord celui de Hong, 27 ans, originaire de la petite ville de Thai Binh, à quelques centaines de kilomètres de Hanoi.
Il y a exactement 10 ans, alors qu’elle profitait de vacances scolaires pour voyager dans le nord du Vietnam avec une amie du même âge, elle a été vendue par son « amie » à des trafiquants. Pendant plusieurs semaines, elle à du subir les assauts de 6 à 12 hommes par jours, tous chinois et donc ne parlant pas la même langue qu’elle.
Grâce à l’un de ses clients, elle réussit à s’enfuir et à prendre un train qui la ramènera dans son village natal. Par peur des racontars, sa famille lui interdit de porter plainte. Elle reprend donc le cours de sa vie et finit, 2 ans plus tard, par se marier et tomber enceinte. Elle découvre alors qu’elle et son bébé son contaminés par le virus du SIDA et pousse son marie à se remarier afin qu’il puisse avoir une descendance « viable ».
En bref, une histoire terrible pour une femme extrêmement courageuse…

Mon deuxième portrait de femme vietnamienne à été celui de Ngan, trentenaire, mère de famille, et elle aussi, séropositive. Contaminée par son mari, elle vit avec le VIH depuis plusieurs années et à choisit de s’investir dans la lutte pour la prévention et l’information, malgré le regard accusateur et parfois même menaçant de la société vietnamienne.

Tourisme au Vietnam

Descente vers le Sud






Apres avoir terminé mon tournage, j’ai profité d’une petite semaine de battement pour descendre à Saigon (officiellement Ho Chi Minh ville), dans le sud du Vietnam.
J’ai pris un ticket de bus open, ce qui m’a permit de m’arrêter par endroits, parfois juste pour quelques heures. J’ai donc entrevu les villes de Hue, Hoi An, et Mui Ne. J’ai passé deux jours à Na Thrang, petite station balnéaire très cotée au Vietnam, avant de m’arrêter à Saigon. Un petit tour vite fait sur les traces de milliers de touristes mais malheureusement, faute de temps, il m’aurait été difficile de faire autrement…




Mes rencontres

Katherine, 23 ans, a été mon hôte pour une nuit à Na Thrang. J’étais sa première couchsurfeuse et je crois qu’elle a bien apprécié l’expérience… De mon côté, j’ai découvert la face cachée du Vietnam, qui veut que même en dehors des grandes villes, les nouvelles générations sont en réelle rupture avec la société traditionnelle et ses règles hyper rigides. Katherine par exemple, vit avec sa sœur ainée et ses parents, gérants d’un hôtel dans la petite citée balnéaire. Elle ne rêve que de s’installer dans son propre appartement, n’a pour amis de sexe masculin que des expatriés (parce que les vietnamiens « ne font que juger et discréditer ses opinions et prises de positions ») et ne supporte pas que sa famille puisse se mêler de sa vie intime en lui suggérant par exemple les « bons partis » à envisager pour un éventuel mariage.


A Saigon, j’ai retrouvé Gilles Ramon, confrère de chez RFO, et sa charmante femme Mireille, en vacances au Vietnam pour quelques semaines.
J’ai été très heureuse de passer quelques jours avec eux à me balader, mais aussi de comparer mon expérience du Vietnam à la leur. Ils m’ont invité dans un très bon restaurant, où j’ai saisie, sans hésiter, l’occasion de manger autre chose que de la soupe de nouille ou du riz frit (car si on trouve presque de tout au Vietnam, le moins chère – et bien moins chère !!! – reste quand même le traditionnel pho et ses diverses variantes).
Et puis c’était marrant de retrouver Gilles en dehors du contexte habituel et de découvrir en lui un voyageur passionné (parce que mine de rien, sans vouloir cracher dans la soupe, RFO n’est pas vraiment l’endroit où exultent les passions...)


Mes coups durs

Là encore, je dois dire que je n’ai pas grand-chose à rapporter dans cette rubrique…
Bon, deux nuits d’affilée dans un bus… mais encore, j’ai eu la chance d’être surclassée en bus couchette pour la deuxième nuit alors… je n’ai pas vraiment à me plaindre !!! (D’ailleurs franchement, les bus couchette, je recommande !! c’est super confortable et les long trajets paraissent raccourcis de moitié).

Et puis de retour à Hanoi, j’ai faillit me faire piquer mon portefeuille pour la deuxième fois (mais oui, rappelez vous, à Shanghai, le jour de mon anniversaire, 100 euros et ma carte bleue qui s’étaient volatilisés…)
Cette fois, je cherchais un xe om (un moto taxi, pour les non initiés !) vers les 22h00 dans un quartier assez mal famé ; lorsque je lui indique mon adresse de destination, le type fait l’étonné et prétend ne pas connaître l’endroit. On se dirige vers un groupe de personne auprès de qui il se renseigne, et alors que je monte derrière lui sur le scooter et pendant qu’il démarre, je sens un mouvement inhabituel dans mon dos. Je me retourne et là je vois le type qui nous à donné les indications en train de courir derrière la moto, accroché à mon sac en essayant de l’ouvrir plus ou moins discrètement (eh oui, ouvrir un sac sur le dos de quelqu’un ni vu ni connu, dans le noir, en courant après une moto, c’est pas du gâteau !!)…
Enfin bref je me retourne, je pousse un cri et le type se barre en courant. Je vérifie vite fait que mon sac est toujours fermé, tandis que le chauffeur accélère, et je fais un doigt d’honneur au voleur.
Malheureusement il n’a pas du comprendre mon geste vu que j’étais en train de finir ma cloppe et que du coup ce n’est pas un, mais deux doigts que je lui ai montré… Enfin j’étais enragée de m’être fait avoir (même s’il ne m’a rien volé) et surtout je n’ai jamais su si le chauffeur du xe om était dans le coup.

Virée vers Halong




De retour à Hanoi, j’ai fait un saut à la baie d’Halong qui n’est qu’à 3 heures de route de la capitale. Je m’attendais à me retrouver dans une sorte de parc d’attraction, et me trompais. La baie d’Halong, (à bien différencier de la ville d’Halong !!) malgré le flot incessant de touristes, reste un véritable havre de paix et la ballade en bateau traditionnel vaut vraiment le déplacement. C’est aussi beau que dans les films !!





Conclusion

Après 6 semaines passées au Vietnam, dont plus de la moitié à Hanoi, je ne prétends pas connaître le pays. Mais je pense en avoir eu un petit aperçu plutôt sympathique.
A part la baie d’Halong et la grande dune de sable de Mui Ne, je n’ai pas été abasourdie par les paysages ; mais les vietnamiens sont des gens très accueillants (et très souriants, que le sourire soit sincère ou non…).
J’ai de loin, préféré Hanoi à Ho Chi Minh pour son charme vieillot et ses rues grouillantes (même si j’avoue ce n’est pas toujours facile pour les tympans…).
Et je tiens à rajouter, pour tout ceux qui ont voyagé au Vietnam et qui ont été réveillé à 5h00 du matin par la fameuse « voix du Vietnam » diffusée un peu partout à travers des hauts parleurs fixes ou mobiles, qu’il s’agit bien moins de propagande gouvernementale (comme on le dit souvent) que d’informations générales destinées à la population (entre autres : rappel des règles d’hygiène, conseils pour une alimentation équilibrée, recettes de grand-mères pour soigner les petits bobos, informations sur l’état du trafic et les travaux en cours dans les rues, etc…).